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samedi 30 mai 2015

La Ménagerie de papier

Ken Liu : La Ménagerie de papier
éd. Le Bélial' et 42 (Ellen Herzfeld et Dominique Martel), 2015
trad. Pierre-Paul Durastanti, couv. Aurélien Police

« Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j'arrête de pleurer pour l'observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu'à ce qu'il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon.
"Kan, dit-elle. Laobu." Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte. Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d'orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc.
J'effleure le petit animal qu'a créé Maman. Il remue la queue et se jette, joueur, sur mon doigt... »
Ken Liu est né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d'émigrer aux États-Unis à l'âge de onze ans. Titulaire d'un doctorat en droit (université de Harvard), programmeur, traducteur du chinois, il dynamite les littératures de genre américaines, science-fiction aussi bien que fantasy, depuis une dizaine d'années, collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy pour la seule « Ménagerie de papier », ce qui demeure unique à ce jour. Le présent recueil, sans équivalant en langue anglaise et élaboré au sein d'un corpus considérable, consacre l'éclosion du plus brillant des talents, protéiforme et singulier – l'avènement d'un phénomène.
Regroupant dix-neuf des presque cent-vingt nouvelles de l'auteur, La Ménagerie de papier propose une palette que ce dernier considère lui-même comme étant « un échantillon représentatif de [ses] intérêts, de [ses] obsessions et de [ses] objectifs ».
D'une richesse étonnante et très souvent d'une grande profondeur, ces textes courts (1) confirment sans conteste qu'il était absolument nécessaire de publier un tel ouvrage en France.
Si les thèmes et genres abordés par l'auteur sont nombreux (2), il s'en trouve un, à mon sens, qui les relie tous : la difficulté rencontrée par l'esprit à transmettre ses idées, la quasi incapacité qu'éprouve l'être humain à se faire comprendre et à déployer l'effort nécessaire pour comprendre l'autre, que cet autre lui soit proche ou radicalement étranger.
Cette thématique commune, Ken Liu la présente magistralement dans l'avant-propos (3) qui ouvre le recueil, insistant bien sur la difficulté que représente la communication, allant jusqu'à taxer cette dernière de miracle.
Après avoir parcouru plusieurs critiques de ce recueil, je me réjouis de constater qu'il est très apprécié. Pourtant, beaucoup de propos me font penser que Ken Liu, malgré les louanges, n'est peut-être pas lu avec toute l'attention qu'il mérite et, du coup, sera paradoxalement sous-estimé. (4)
Entre diverses interprétations, beaucoup de lecteurs ont vu dans certaines de ses nouvelles des hommages à d'autres auteurs. Personnellement, je n'ai pas ressenti la même chose et je ne crois pas qu'un thème ou le traitement d'une idée fasse d'un texte un hommage à d'autres plus anciens ayant utilisé les mêmes.
Un exemple flagrant : « Nova Verba, Mundus Novus », une courte nouvelle enjouée (5) qui utilise la représentation du monde originaire d'Inde et présente dans la cosmogonie chinoise (le monde reposant sur le dos de quatre éléphants qui reposent eux-mêmes sur le dos d'une tortue qui est elle-même posée sur le dos d'un serpent) fait dire à de nombreuses personnes qu'il s'agit d'un hommage à Terry Pratchett et à son Cycle du Disque-Monde où l'on retrouve le même symbole. Peut-être... Mais les origines de l'auteur de cette nouvelle me font penser que cette interprétation est probablement erronée.
Sans la moindre fausse note, La Ménagerie de papier confirme l'immense talent d'un auteur et, comme beaucoup d'autres lecteurs, je vais surveiller attentivement la moindre publication de ses écrits chez nous, dans l'attente d'un autre miracle : la parution d'un second recueil.
Une merveille.

(1) Certains ne faisant qu'une ou deux pages, les plus longs ne dépassant pas quarante pages.
(2) De l'enquête policière à la science-fiction, de la fantasy à la transhumanité, du pastiche au questionnement sur la foi, du fantastique à l'expansion de l'être humain dans l'espace...
(3) Qui est disponible au téléchargement et dans son intégralité sur cette page (sous l'illustration de couverture).
(4) Mais je peux bien entendu me tromper et, sincèrement, c'est ce que je souhaite de tout cœur !
(5) S'interrogeant sur l'impact du langage sur la perception que l'on se fait du monde.

6 commentaires:

  1. Yeah ! ;)
    (Ceci dit, il y a un hommage déclaré, dans "L'erreur d'un seul bit". Et en cotraduisant "Nova Verba...", je pensais moins à Pratchett, lui-même recycleur [talentueux], qu'à un autre mythomane, Philip Jose Farmer.)

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  2. Bonjour.

    D'accord concernant Pratchett.
    Mais l'hommage à Lewis Padgett / Lewis Caroll est, lui, incontestable.

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  3. Salut les gars et merci de réagir.
    Pour ce qui est des hommages, je veux bien croire qui veut sur parole. Cela dit, j'ai moi-même cru bien des fois reconnaître des hommages dans certains écrits... jusqu'à ce que les auteurs eux-mêmes me détrompent.
    Ici, il faudrait que je pose précisément la question à Ken Liu. Mon niveau d'anglais étant tragique, je passe mon tour !

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  4. Nous avons aussi été étonnés par les références à Terry Pratchett, comme s'il avait annexé toute cosmogonie à base d'éléphants et de tortues…

    Et un peu perturbés par la majorité des critiques qui tenaient à classer qualitativement tous ces textes, du meilleur au moins bon, de l'œuvre d'un génie au misérable faux pas, alors qu'ils forment, comme tu le soulignes, un ensemble à lire d'un bloc dans l'ordre proposé, offrant également un vaste voyage entre les genres sans qu'il y ait pourtant mélange et confusion.

    En ce qui concerne les hommages, nous pensons aussi qu'il avait simplement quelque chose d'autre à dire sur le sujet et qu'il n'y avait pas lieu de nous en priver. Pour "l'Erreur d'un seul bit", il a demandé explicitement sa permission à Ted Chiang, et la phrase parlant de l'enfer et de l'absence de dieu a été tournée en français pour qu'elle ressemble au titre de la nouvelle de référence. Pour Lewis Carroll, la version française qui parle des smouales qui gyrent et libent dans la loirbe est celle que l'on retrouve ici chez Lewis Padgett.

    Pour un autre recueil, laissons faire un peu le temps sans nous précipiter immédiatement vers un début d'intégrale qui ne ferait que nuire au premier volume par son aspect immédiatement mercantile — regarde ce qui est arrivé aux Seigneurs de l'Instrumentalité lorsque Jacques Goimard les a tous rassemblés alors que les trois premiers volumes suffisaient amplement à notre bonheur et à celui de l'auteur. Comme dit Olivier Girard, et comme pour Greg Egan, il va y avoir d'autres textes dans ´Bifrost´ et sans doute ailleurs qui prépareront le terrain.

    Et oui, il était nécessaire pour les lecteurs et pour les auteurs français d'avoir ce recueil à disposition dès maintenant, et non pas hors actualité internationale dans dix ans sous forme d'arrière-pensée au succès probable de la traduction de ´the Grace of kings´. Voilà, c'est fait ; passons à autre chose :-)

    En attendant, tu peux jeter un œil du côté des toutes nouvelles éditions de l'Instant, dont les projets devraient t'intéresser.

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  5. Oui, oui, tous ces rapprochements ne sont pas toujours pertinents mais c'est tellement tentant et amusant...

    Ceci dit, comme le dit Pierre-Paul, il s'agit bien ici d'hommage(s) déclaré(s) :

    Dans "L'erreur d'un seul bit", la nouvelle de Chiang est carrément citée ("l'Enfer, c'est quand Dieu n'est pas présent", p 197).

    Dans "Nova Verba...", relis le dernier paragraphe et compare avec cette strophe du Jabberwocky de Lewis Carroll :

    Lfut bouyeure et les filuants toves
    Gyrèrent et bilbèrent dans la loirbe…
    Tout smouales étaient les borogoves
    Et les dcheux verssins hurlifftournèrent,..

    ... reprise dans la nouvelle de Lewis Padgett, "Tout smouales étaient les Borogoves" * ( traduite par Boris Vian, svp !), que tu peux lire à cette adresse :
    https://unpeudesciencefiction.wordpress.com/2014/03/16/lewis-padgett-tout-smouales-etaient-les-borogoves/

    * qui met en scène un certain Charles Dodgson et son inspiratrice, Alice Liddell.

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  6. Du monde qui papote à la maison quand je rentre, ça me fait bien plaisir !
    Oui, je suis déjà passé à autre chose et j'ai appris à être patient. Je suis néanmoins assez rarement aussi touché par les textes d'un auteur et je crois bien que je pourrais boire les mots de celui-ci sans m'en lasser.
    Merci à tous pour toutes ces précisions utiles. Restez assis, je vais chercher les verres...

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