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lundi 6 janvier 2020

Chiens de guerre

Adrian Tchaikovsky : Chiens de guerre
Dogs of War (2017)
éd. Denoël, Lunes d'Encre, 2019
trad. Henry-Luc Planchat, couv. Aurélien Police

Je m'appelle Rex. Je suis un bon chien.
Rex est un bon chien. C'est un biomorphe, un animal génétiquement modifié, armé de fusils-mitrailleurs de très gros calibre et doté d'une voix synthétique créée pour instiller la peur. Avec Dragon, Miel et Abeilles, son escouade d'assaut multiforme, il intervient sur des zones de combat où les humains ne peuvent se risquer.
Rex est un bon chien. Il obéit aux ordres du Maître, qui lui désigne les ennemis. Et des ennemis, il y en a beaucoup. Mais qui sont-ils réellement ? Se pourrait-il que le Maître outrepasse ses droits ? Et si le Maître n'était plus là ?
Rex est un bon chien. Mais c'est surtout une arme de guerre hautement mortelle. Que se passerait-il s'il venait à se libérer de sa laisse ?
Après les araignées du futur lointain de Dans la toile du temps, Adrian Tchaikovsky crée un personnage de chien intelligent aussi dangereux qu'attachant. Il met ainsi en lumière les conséquences, notamment éthiques, des recherches en biotechnologie.
Pour ce second roman publié en France, (1) Tchaikovsky déplace son point de vue autour des nombreux thèmes qui lui sont chers. (2)
En effet, s'il commence brutalement par un récit de guerre, le roman se penche assez rapidement sur des questions complexes, éthiques et juridiques, usant de plusieurs points de vue pour mieux les cerner. Étant spécialisé dans le droit et juriste après des études de psychologie et de zoologie, l'auteur semble avoir tout en main pour aborder ces sujets, faisant de Chiens de guerre, roman somme toute assez court, un très riche moment de lecture pour qui s'intéresse un peu aux évolutions biotechnologiques, entre autres choses.
Au-delà de ces nombreux aspects, il m'a également semblé qu'Adrian Tchaikovsky s'interrogeait énormément au sujet de la pertinence et de la légitimité des ordres reçus d'une chaîne de commandement, de l'importance d'analyser par soi-même les contextes et les situations afin de mieux définir les motivations dont découlent ces ordres.
Bref, de se poser une ou deux paires de questions avant de hocher la tête avec enthousiasme, de dire « chef, oui chef ! » et de courir exécuter l'ordre donné en ne ressentant que le plaisir de le faire puisque c'est ce que l'on attend de vous.
Si Rex aime exécuter les ordres donnés par le Maître, c'est parce qu'il est un (bon) chien. Pour lui, remettre ces ordres en question, par nature, (3) c'est au mieux... compliqué sinon impossible. Cependant, sauf erreur de ma part, un grand nombre d'humains n'agissent pas différemment de Rex, certains par amour, d'autres pour de multiples raisons.
Adrian Tchaikovsky s'emploie d'ailleurs à humaniser son personnage tout au long du roman, brouillant les frontières afin de poser une question essentiellement humaine : est-il préférable de suivre un ordre après analyse plutôt que celui qui le donne sans chercher à savoir pourquoi ?

(1) Le premier, Dans la toile du temps, racontant une autre histoire et dont la suite devrait « prochainement » sortir chez le même éditeur (j'ai hâte !).
(2) J'emprunte la citation qui suit au camarade Apophis qui s'exprime bien mieux que moi (ici) à ce sujet. (Merci !) « Les thématiques balayées sont nombreuses et profondes, depuis les droits des intelligences non-humaines jusqu'à la responsabilité du créateur envers sa créature, en passant par la coexistence de divers types d'êtres pensants sur la même planète. Bref, pour qui connaît Tchaikovsky, une bonne partie du cocktail très réussi de [Dans la toile du temps]»
(3) Une nature décuplée par des implants et une chaîne hiérarchique artificiellement renforcée chez Rex.

dimanche 27 mai 2018

Dans la toile du temps

Adrian Tchaikovsky : Dans la toile du temps
Children of Time (2015)
éd. Denoël, Lunes d'Encre, 2018 
trad. Henry-Luc Planchat, couv. Gaelle Marco

La Terre est au plus mal... Ses derniers habitants n'ont plus qu'un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern », une planète lointaine, spécialement terraformée pour l'espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s'est pas déroulé comme les scientifiques s'y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s'est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n'a pas du tout l'intention de laisser sa place. Le choc de deux civilisations aussi différentes que possible semble inévitable. Qui seront donc les héritiers de l'ancienne Terre ? Qui sortira vainqueur du piège tendu par la toile du temps ?
Premier roman de l'auteur paru en France, Dans la toile du temps s'inscrit dans la lignée du cycle de L'Élévation de David Brin. Il nous fait découvrir l'évolution d'une civilisation radicalement autre et sa confrontation inévitable avec l'espèce humaine. Le roman a reçu le prix Arthur C. Clarke en 2016.
Somptueux planet opera, (1) ce premier roman d'Adrian Tchaikovsky démontre avec brio la grande connaissance du genre que possède son auteur, ainsi que sa capacité à s'emparer de thèmes déjà traités par d'illustres prédécesseurs (2) pour les mettre au service de son histoire.
Loin d'être une resucée d'histoires mainte fois lues, le roman d'Adrian Tchaikovsky intègre ses propres idées et passions, intercale avec art les deux formes de vie qui l'intéressent ici. D'un côté, les maigres restes d'une humanité exsangue et acculée à quémander sa survie, de l'autre, une civilisation naissante et artificiellement accélérée. (3)
Trompeuse, la présentation de l'éditeur pourrait faire croire à une confrontation entre deux formes de vie pour leur propre existence. Mais c'est de difficulté à se comprendre dont nous parle ici l'auteur, de tout l'intérêt qu'il peut y avoir à tenter de saisir ce qu'est l'Autre, de l'intégrer à son mode de vie en modifiant le sien propre de manière conséquente sinon radicale, afin que cela soit possible. Si choc il y a, il est culturel avant tout.
Entre autres thèmes dont se sert l'auteur, celui de la croyance religieuse est très présent, une comparaison intéressante étant faite de deux conceptions opposées de celle-ci.
La toute fin du roman indique que la réflexion est loin d'être entièrement contenue dans celui-ci, pourtant déjà très riche, extrêmement dense et d'une minutie captivante. Comme un second roman d'Adrian Tchaikovsky semble prévu l'année prochaine, j'aime à espérer qu'il prolongera aussi brillamment les pistes empruntées par celui-ci.
Pour ceux qui n'oseraient pas saisir ce livre par crainte de la forme de vie non-humaine choisie par l'auteur, ne vous arrêtez pas à cela. Il s'agit simplement d'une forme de vie... différente. Et aucune des images que vous pourriez craindre ne viendra vous faire frissonner d'horreur. Bien au contraire !
Et puis... comment ne pas encenser un livre dans lequel je trouve pour la première fois de ma vie une définition de la femelle idéale qui me convient ? (4)

(1) Voir ce qu'en dit la page Wikipédia consacrée à cette branche de la SF.
(2) Le vibrant hommage rendu à David  Brin, outre son signalement par la quatrième de couverture, est clairement revendiqué par l'auteur dès la première ligne de son roman. Ce dernier, de loin en loin, ne pouvant que rappeler les incursions d'autres auteurs dans les nombreuses thématiques qu'il présente.
(3) Visiblement, ce n'est pas l'humanité qui intéresse le plus Adrian Tchaikovsky, ce qui semble lui être systématiquement reproché par les lecteurs dont j'ai pu lire les avis mais qui ne m'a absolument jamais dérangé, certaines scènes côté humain étant en outre très drôles dans leur description.
(4) Page 358, vers le bas. « Pour Fabian, la femelle idéale possède trois qualités : [...] ». Vous ne pensiez tout de même pas sérieusement que j'allais vous la livrer ici ?