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mercredi 17 août 2011

Humains, plus qu'humains

Octavia Butler : Humains, plus qu'humains
Clay's Ark (1984)
éd. Presses de la cité Futurama, 1985
trad. de Odile Ricklin, couv. de Raymond Hermange

Non, il n'était pas un animal. Pas plus qu'il n'était un violeur. Pourtant, s'il franchissait cette fenêtre, il violerait la femme ; il n'était pas un meurtrier, mais la toucher équivalait à une menace de mort. Ce cauchemar, il l'avait déjà vu devenir réalité... Alors, il avait voulu mourir. Il avait appelé la mort. Mais il n'avait pas pu se supprimer délibérément. La force de survie qui l'habitait avait submergé sa volonté consciente, balayé son sentiment de culpabilité, son sens du devoir envers une communauté qui avait été sienne : l'humanité.
Qu'est-il arrivé à Eli parmi les étoiles, qui a fait de lui un être plus tout à fait humain ?... Que veut du docteur Blake et de ses deux filles cette étrange communauté isolée au milieu des montagnes ? Quel mal habite ces gens trop maigres, aux mains tremblantes, aux sens anormalement aiguisés ?... Jusqu'où est-on encore un homme ?
Une question posée à un demain trop proche, trop vrai pour ne pas donner le frisson.
Une fois de plus, Octavia Butler place le lecteur devant ses propres doutes, devant des questions qui dérangent. Une fois de plus, l'humanité est mise en danger. Mais, cette fois, l'auteur inverse le problème et ne trouve pas de voie de salut à l'être humain tel qu'on le connaît.
Mené tambour battant, ce court roman coup-de-poing, nous laisse entrevoir une fin inéluctable. Mais s'agit-il bien de cela ? La question est belle et bien posée : « jusqu'où est-on encore un homme ? » Ou bien, formulée autrement : être réellement différent peut-il annuler le fait d'être humain ? Et dans quelle proportion ? Sur l'étalon de quelle improbable conscience ?
Octavia Butler dérange encore en poussant la réflexion au-delà de la bonne vieille loyauté humaine que l'on a plus souvent l'habitude de lire dans les romans de science-fiction.

mardi 16 août 2011

La Parabole du semeur


Octavia Butler : La Parabole du semeur
Parable of the Sower (1993)
éd. Au Diable Vauvert, 2001
trad. de Philippe Rouard, couv. de Rampazzo.com

Californie, 2025. Exclusion, misère, violence atteignent des proportions inégalées. A quinze ans, Lauren, fille d'un pasteur noir, est jetée sur les routes après le massacre de sa famille. Dans ce monde détruit, elle trace son chemin à travers le chaos, semant une parole d'espoir et de paix pour les déshérités, et plaidant pour une humanité nouvelle.
Octavia Butler, auteur de dix romans, plusieurs fois lauréate des prestigieux prix Hugo et Nébula, elle s'est vue décerner en 1995 le rarissime Pris Genius de la Fondation Mac Arthur Grant.
C'est à travers le journal de Lauren que nous suivons à la fois ses aventures, ses réflexions et la conviction immense qu'elle met dans l'espoir de sauver une humanité mise à rude épreuve par l'effondrement d'un système arrivé en bout de course. Dans le chaos qu'est devenue cette Amérique future, elle s'évertue de créer, consolider et protéger une communauté différente, basée sur des valeurs d'échange et de partage, mettant en avant une certaine idée de la religion qui diffère de toutes celles ayant existé jusqu'ici.
Octavia Butler, au fil de ses romans, ne cesse de mettre ses lecteurs dans des positions inconfortables en usant d'une idéologie parfois déroutante. C'est également le cas ici, puisque la jeune fille, à force de « principes nouveaux » et de « lois », créé ni plus ni moins ce qu'on peut appeler une secte. Mais celle-ci, loin de faire écran pour camoufler des charlatans avides de richesses et de pouvoir, garde le cap que Lauren, son guide, lui a donné.
On s'interroge sur la viabilité d'une telle entreprise, surtout dans ce futur si violent qui nous est décrit mais, peu à peu, la confiance, sans faille et lucide à la fois, que Lauren place dans le genre humain gagne le lecteur et le doute finit par s'estomper.
La suite de ce roman, La Parabole des talents, remet tous ces questionnements en jeu et, le projet de Lauren, sans changer de direction, prend une tout autre dimension.
Un chef-d'œuvre en deux tomes qui, certes, peut dérouter mais parvient néanmoins à mettre le doigt sur une évidence : il est urgent, puisque nos systèmes modernes prennent visiblement le chemin du futur que nous décrit l'auteur, de penser à mettre en place des actions parallèles à celles qui existent et cesser d'avancer en aveugle sans donner, sinon une destination, une direction commune à l'humanité en général.
Octavia Butler imagine une voie possible, à chacun d'en envisager d'autres...