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Auteurs alpha

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lundi 9 décembre 2019

Ana Alcaide

Ana Alcaide : Viola de teclas
(2006 - Carlos Beceiro)
Avec son premier disque exclusivement instrumental, Viola de teclas, la musicienne espagnole Ana Alcaide (dont le parcours est tout aussi surprenant que remarquable) nous propose de découvrir cet instrument d'origine suédoise qu'est le nyckelharpa, au travers de musiques traditionnelles d'Espagne. (1)
Cependant, ce qui ressemble à une immense curiosité va amener Ana Alcaide à élargir son répertoire et son approche de la musique, les albums suivants présentant toujours plus de compositions, de mélanges des genres et une volonté notable d'emprunter à diverses cultures et époques.
C'est dès son second disque qu'elle s'exprime également par la voix, nous faisant immanquablement nous demander pourquoi elle ne l'avait pas fait plus tôt.
Parfois plus moderne, parfois là où on ne l'attendait pas (2), elle et les musiciens de talent qui l'entourent paraissent n'avoir de cesse d'aller à la rencontre des musiques du monde entier.
L'écoute attentive et répétée de ces cinq disques (3) me fait dire que nous ne sommes pas au bout de nos surprises et j'attends la suite avec impatience.
Merci Madame.

Les quatre premiers albums (4)

Musiciens et invités :
- Ana Alcaide : nyckelharpa, bendirrabeles (?), violon
- Carlos Beceiro : viola braguesa, guitares, bouzouki, vielle à roue, cistre, baglama, pandereta, pandero, castagnettes 
- Luis Lozano : célesta, basse
- Pilar Bescós : claves

(1) Ceux que ça amuse, (je), peuvent jouer à rechercher ces musiques interprétées par d'autres musiciens. C'est assez facile, on en retrouve à l'oreille ici ou , par exemple, mais il doit s'en trouver de nombreux autres ailleurs.
(2) Avec Tales of Pangea, elle s'invite au sein de l'ensemble Gotrasawala pour une excursion sur l'Île de Java, elle sera également en concert le 14 décembre à Madrid pour une ballade persane...
(3) Ainsi que celle des très nombreuses vidéos que l'on peut trouver ici ou sur son site.
(4) Le cinquième ne figurant pas sur Bandcamp, vous le trouverez sur le très copieux site de la dame.

mercredi 27 novembre 2019

E.A.R.

E.A.R. : A æ u å æ ø i æ å, æ i å u å æ ø i æ å ?
(2019 - autoproduction)
Enfin ! (1)
Le projet annoncé il y a au moins trois ans a trouvé son aboutissement sous la forme d'un double album aussi foudroyant que je l'espérais.
Le trio formé d'Efrén López, (2) Adrián Perales et Raül Bonell nous fait donc visiter son île et, avec ménagement, (3) nous entraîne dans des paysages sonores rarement rencontrés.
S'entourant de nombreux autres musiciens tout aussi talentueux, le groupe affiche une volonté de faire perdre toute notion de lieu ou d'époque à ses auditeurs, s'empare des traditions du monde, du rock, du metal et de musiques expérimentales pour mieux les mêler et n'exprimer au bout du compte que la plus simple des choses : l'amour de la musique. Si d'autres groupes ont l'excellente idée d'associer l'ancien et le nouveau, à mes oreilles, l'exercice n'a jamais été poussé aussi loin.
Pour de plus amples détails, je recommande vivement de lire intégralement la page Bandcamp du groupe : rarement d'aussi nombreuses informations sont données à lire au sujet d'un disque. Là, c'est complet, vous saurez tout sur tout. Qui joue quoi, qui compose quoi, dans quel morceau, les intentions et inspirations du groupe ainsi que, oui, même la signification du titre de l'album. Un nid d'informations grandement précieuses.
De mon côté, je savoure la chance d'être accueilli sur une île où l'on peut entendre de telles choses.

L'album

Musiciens et invités :
- Efrén López : vielle à roue, guitars, sitar, bağlama, chant,
erbanekudüm, bendir, zilgong, cymbales chinoises, kanjira
- Adrián Perales : batterie 
- Raül Bonell : warr guitar
- Kateřina Göttlichová : chant
Meira Segal : schäferpfeife, gaida
- Balladyna ↑ Witch : chant
- Eléonore Fourniau : chant
- Sylvain Barou : zurna, mey
- Iván López : chant
- Circo Montanari : tabla

Le rouge invitant à cliquer, je ne peux en abuser mais n'hésitez surtout pas à pousser la recherche sur tous les musiciens et les compositeurs qui n'apparaissent pas ici.

(1) Oui, bon... j'ai loupé cette sortie de bien neuf mois, mais... j'attendais depuis si longtemps !
(2) Son site a changé, je ne retrouve plus cette photo hallucinante qui présentait ses instruments posés sur un magnifique tapis...
(3) Commencer l'album par le second titre sur Bandcamp est sans doute l'un des meilleurs moyens. Ça tombe bien, c'est ce que le groupe suggère. On peut également voir une vidéo du même titre (Khronokrator / Xρονοκράτωρ) ici. (4)
(4) Ce qui induit une question : entendra-t-on un jour le disque de Meira Segal et de son groupe ? (Comme elle ne répond pas à son courrier, je me permets de poser la question ici.)

samedi 23 novembre 2019

Jardins de poussière

Ken Liu : Jardins de poussière
éd. Le Bélial' et 42 (Ellen Herzfeld et Dominique Martel), 2019
trad. Pierre-Paul Durastanti, couv. Aurélien Police

« Les yeux fermés, j'imagine les photons rebondissant entre les particules de poussière. L'imagine leurs chemins sinueux le long du dédale de surfaces vives, les pièges, les impasses, les cul-de-sac, les chausse-trappes. J'imagine Cigale qui accomplit sa rotation sous les étoiles, modifiant l'angle des rayons du soleil sur les panneaux. J'imagine les couleurs, changeantes, chatoyantes. Une nouvelle façon de voir... »
Né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d'émigrer aux États-Unis à l'âge de onze ans, Ken Liu est titulaire d'un doctorat en droit (Harvard). On doit à ses activités de traducteur l'éclosion de la science-fiction chinoise aux yeux du monde. En tant qu'auteur, il dynamite la littérature de genres américaine – depuis une quinzaine d'années collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy pour la seule « Ménagerie de papier », ce qui demeure unique à ce jour. Le recueil éponyme, paru aux éditions du Bélial', est par ailleurs lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire, tandis que le court roman L'Homme qui mit fin à l'Histoire a achevé de le révéler au grand public. Jardins de poussière est son deuxième recueil à voir le jour en français. Sans équivalent en langue anglaise, réunissant vingt-cinq récits pour l'essentiel inédits, il célèbre un talent majeur et singulier à son sommet – un phénomène.
« Une nouvelle façon de voir » pourrait être une manière de décrire l'écriture de Ken Liu. Si elle n'est pas exactement « nouvelle » pour des lecteurs aguerris ayant l'habitude de lire de la science-fiction, elle est à coup sûr l'une de celles qui parviennent à transporter ceux-ci aussi loin en eux-mêmes qu'il est possible de le faire, proposant une multitude d'expériences de pensée toutes aussi fascinantes les unes que les autres.
S'il m'a semblé que les thèmes favoris de l'auteur restaient inchangés, (1) ce second recueil offre un large éventail d'idées brillantes et de réflexions profondes qui viennent compléter et enrichir celles déjà disponibles en français.
Ken Liu n'a de cesse de s'interroger, abordant énormément de sujets et n'hésitant jamais à les recouper. Ainsi, au fil des textes, les réflexions se croisent, « discutent » entre elles, se répondent, s'entraident. Ken Liu semblent considérer les textes comme il considère les humains, avec respect et bienveillance, dignes d'être écoutés. Tout du moins, ceux qu'il estime authentiques, (2) si j'ai bien compris.
L'architecture de ce second recueil, que l'on doit aux propres interrogations d'Ellen Herzfeld et Dominique Martel, au regard qu'ils posent sur ces textes, tout comme dans La Ménagerie de papier, permet de profiter pleinement du « propos général » de l'auteur, de savourer dans le moindre détail ce qu'il cherche à transmettre. Si chacun trouvera ce qu'il veut bien trouver ici en fonction de ses propres idées, et si Ken Liu n'impose jamais son point de vue, il ne se prive pas pour autant de le donner d'une manière qui m'apparaît aussi limpide qu'humaniste sur de très nombreux sujets qu'il qualifie lui-même d'obsessions.
Cependant, il ne perd jamais de vue qu'il a besoin de la participation des lecteurs pour partager ces réflexions, et il les invite aimablement « à collaborer avec [lui] sur [son travail], à combler les vides, à texturer l'ébauche », remerciant tout aussi aimablement ceux d'entre eux « qui acceptent de se tenir près de [lui] pour, ensemble, tirer du néant de nouveaux mondes ».
Merci pour le partage, Monsieur Liu. 
Si j'ai bien entendu des préférences pour certains textes, (3) la conclusion du billet présentant son premier recueil demeure inchangée : « Sans la moindre fausse note, Jardins de poussière confirme l'immense talent d'un auteur et, comme beaucoup d'autres lecteurs, je vais surveiller attentivement la moindre publication de ses écrits chez nous, dans l'attente d'un autre miracle : la parution d'un troisième recueil. »
Il ne me reste plus qu'à revêtir mon armure de patience et attendre le recueil suivant.

(1) La difficulté qu'éprouvent les humains à comprendre l'univers qui les entoure et à communiquer, prisonniers qu'ils sont de leurs outils de communication limités, privilégiant leurs certitudes au détriment de leurs doutes et questionnements.
(2) « Se soucier de son prochain, voilà ce qui nous rend authentiques. » (page 400)
(3) Dire lesquels n'aurait pas de sens à mes yeux, l'ensemble des textes participant à la qualité et la pertinence de chacun d'entre eux. Si les humains, pour la grande majorité qui ne le fait pas, pouvaient se comporter comme le font ces textes, à coup-sûr, l'univers serait « un peu plus doux, un peu plus chaud, un peu plus brillant ». Et ce, jusqu'à la toute fin.

mercredi 6 novembre 2019

La Fin du rêve

Philip Wylie : La Fin du rêve
The End of the Dream (1972)
éd. Le Livre de Poche, 1979
trad. Bruno Martin, couv. Gérard Ruffin

En cet été 2023, 90 p. 100 de la population a péri. Et il ne reste guère d'espoir pour les survivants. Oh ! non, il n'y a pas eu de conflit généralisé. La bombe, les gaz ou les virus n'ont pas été nécessaires.
Dès 1970, tout était joué. Tout s'est enchaîné puis déchaîné. Dès 1970, les pétroliers n'ont pas cessé de polluer les océans et les mers. Les rivières recueillaient chaque jour de nouveaux effluents toxiques. La Méditerranée agonisait. Les usines ne parvenaient plus à traiter les ordures. Les centrales ne savaient plus où mettre leurs déchets. Les lacs mouraient, les saisons devenaient folles. Dès 1970, le scénario était irréversible.
Ce livre totalement effrayant est le constat à la fois minutieux et convaincant du dernier demi-siècle de l'homme. Un livre testament qui, selon la critique américaine, doit être lu par tous ceux qui s'intéressent à la vie.
Ben oui, la question de l'écologie n'a pas commencé avec Greta...
Pour qu'un tel roman voie le jour en 1972, j'ai le sentiment que sa réflexion et ses inquiétudes reposent bel et bien sur quelque chose qui lui a précédé (de combien ? Dix, vingt ans ?). Il semble que ce soit effectivement le cas, si j'en crois l'avis (1) de Jean-Pierre Andrevon, puisque ce livre s'appuie principalement sur « les ouvrages de l'écologiste Barry Commoner »Qualifié de « froid et sans passion » et de « terrifiant de réalisme » par le même critique, le livre de Philip Wylie est en effet pénible à lire, surtout de nos jours, puisqu'il donne, à peu près à chacun de ses paragraphes, l'impression de lire l'actualité quotidienne de 2019. (2)
Il n'en demeure pas moins que, à mon sens, beaucoup de personnes gagneraient à le lire, principalement celles qui jouent à l'autruche ou, pire, augmentent et défendent leurs ressources monétaires à n'importe quel prix (!). Au moins, comprendraient-elles (3) que les colères de Greta Thunberg, cette jeune et courageuse dame, reposent elles aussi sur quelque chose qui leur a précédé. (4)
Une bonne chose que cette jeune dame soit née à notre époque, dans un endroit où elle peut encore s'exprimer. Plus tôt ou ailleurs, elle aurait atteint le bûcher bien avant la moindre assemblée nationale. Pour autant, si je ne connais pas d'autres objectifs à son action que ceux qu'elle déclare, je lui souhaite de tout cœur de survivre à cette tempête de merde (5) qu'elle ne mérite pas. Elle aura tout de même eu une réponse partielle à l'une de ses questions : visiblement, certains ont honte, au point d'en avoir l'écume aux lèvres.
Sera-t-elle écoutée ? Obtiendra-t-elle l'ombre de l'ombre d'un semblant de dialogue ? Je ne le pense pas, bien que je l'espère. (6) Si l'on pouvait demander aujourd'hui son avis sur la question à Philip Wylie, (7) peut-être se contenterait-il de nous renvoyer, avec une larme au coin de l'œil et un long soupir las, à son roman ? (8)
Comme le chantait l'autre Belge : « Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne cause pas, Monsieur, on ne cause pas... On compte. »

(1) Ici, en bas.
(2) « Coïncidence : le même jour, le ministère de la Transition écologique publiait le rapport dans lequel, tous les quatre ans, il dresse l'état des lieux de l'environnement. C'est accablant. Il n'y a pas que l'air pollué. Il n'y a pas que la biodiversité, avec 18 % des espèces évaluées par les scientifiques éteintes ou menacées, et les habitats naturels massivement dégradés. Il y a aussi les eaux souterraines bourrées de pesticides, de nitrates, de médicaments, de perturbateurs endocriniens. Et les émissions de CO2, qui pulvérisent les scores : 4,9 tonnes par an et par habitant, alors qu'il ne faudrait pas dépasser 2.8 tonnes pour tenir l'objectif (pourtant timide) du Giec. » (Le Canard enchaîné, mercredi 30 octobre 2019, pardon pour cet emprunt.)
(3) Oui, gardons espoir ! Hum...
(4) « Quand le sage désigne la Lune... », patin couffin.
(5) Au lendemain de la rédaction de ce billet, je découvre celui-ci. Allez zou, faut que je passe à la douche, j'ai plein de gerbe sur mon pull...
(6) On a les contradictions qu'on peut...
(7) John Brunner s'amuse également, dans la préface à ce livre, à prêter ses mots à l'auteur, de la manière suivante : « Oui, j'ai bien dit, et je répète encore plus fort : VOTRE FAÇON DE FAIRE LE MONDE. Comme vous continuez à le faire. Si vous avez l'âge de lire ces caractères d'imprimerie, vous êtes assez grand garçon pour porter, au moins en partie, la responsabilité du merdier dans lequel nous pataugeons. Je crois que c'est là ce que Wylie aurait aimé vous dire lui-même. Sinon, il n'aurait pas écrit un livre comme celui-ci juste au terme de sa vie. » (Quel grossier personnage !)
(8) « Naturellement, en 1970, le public n'avait pas saisi cette simple évidence que son intérêt subit pour le nettoyage de son environnement était en conflit direct avec les marchandises, services ou produit national brut qu'il achetait ou utilisait à une cadence sans cesse croissante, qu'il n'avait d'ailleurs aucune intention de freiner. »

jeudi 29 août 2019

Jenn & Laura-Beth

Jenn & Laura-Beth : Bound
(2016 - JBLB)
Si une première écoute du disque de ce duo composé de Jenn Butterworth et Laura-Beth Salter peut sembler « facile », il s'avère très rapidement beaucoup plus riche qu'il ne le paraît et rejoint tout aussi vite ceux qu'il est difficile de laisser de côté.
Bound nous propose onze titres lumineux de musique folk de divers pays (1), les filles rivalisant de virtuosité, leurs voix se confondant merveilleusement, leur inspiration puisant également dans les styles Oldtime et Bluegrass.
Cependant, non contentes de signer cette perle, Jenn et Laura-Beth sont des bourreaux de travail et jouent également chacune de leur côté, que ce soit pour des disques solo ou une implication remarquée dans d'autres groupes tout aussi indispensables. (2)
Ici, la complicité des deux musiciennes est néanmoins absolument évidente et audible, l'atmosphère de Bound faisant exploser l'impatience de les écouter de nouveau sous forme de duo.
Un grand disque.

L'album

Musiciennes :
- Jenn Butterworth : guitare, chant
- Laura-Beth Salter : mandoline, chant

(1) De plus amples détails sont lisibles sur le site de Jenn et Laura-Beth, ainsi que quelques vidéos.
(2) Laura-Beth SalterKinnaris Quintet, The Shee... (pour ne citer que ces trois, j'ai cessé de creuser faute de temps, elles semblent de jamais s'arrêter et, jusqu'à preuve du contraire, tout est d'une excellente tenue.

jeudi 11 juillet 2019

La Bibliothèque de Mount Char

Scott Hawkins : La Bibliothèque de Mount Char
The Library of Mount Char (2015)
éd. Gallimard, Folio SF, 2019
trad. Jean-Daniel Brèque, couv. Aurélien Police

Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c'était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu'un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d'autres orphelins. Depuis, Carolyn n'a pas eu tant d'occasions de sortir. Elle et sa fratrie d'adoption ont été élevées suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance.
Mais Père a disparu et il n'y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s'en emparer. Carolyn se prépare pour la bataille qui s'annonce. Le destin de l'univers est en jeu, mais Carolyn a un plan. Le seul problème, c'est qu'en le menant à bien, elle a oublié de préserver ce qui faisait d'elle un être humain.
Ce premier roman de Scott Hawkins, dès les premières phrases et sans ménagement, nous plonge dans un tourbillon de folie et de démesure. Ici, sauf erreur de ma part, les tenants et aboutissants des aventures des orphelins de Mount Char n'ont pas la moindre importance, seules l'action et les situations... WTF (1) en ont une.
Situations dantesques, « dérangeantes », (2) totale démesure, scènes d'une violence rare, galerie de personnages tous plus gravement allumés les uns que les autres, tout est mis en œuvre pour happer le lecteur du début à la fin. L'auteur prend soin néanmoins de lui ménager quelques moments de répit, glissant de nombreux passages explicatifs nécessaires à la compréhension de la mécanique d'un univers qui ne répond qu'à sa propre logique.
Le registre employé par Hawkins ne laisse pas le moindre doute sur ses intentions. Ici, l'horreur et la démesure sont déployées dans un unique but : susciter la fascination, la jubilation et, très souvent, l'hilarité tant les scènes sont ahurissantes. (3)
Si je suis bien incapable de reconnaître des références précises, ce roman a soulevé chez moi des sentiments identiques à ceux provoqués par d'autres œuvres. Comme d'autres lecteurs, j'ai pensé relativement rapidement à Alan Moore et Neil Gaiman. Cependant, les « ressemblances » avec des œuvres musclées comme Preacher, GoddessNemesis ou même Hard Boiled m'ont immédiatement frappé. (4)
Bref, ça se lit sans respirer, c'est aussi drôle que décoiffant et ça ordonne de suivre très attentivement ce qui sera publié à l'avenir de cet auteur assurément à surveiller.
Pour ceux qui se sentiraient trop « vieux » pour lire ce « genre de conneries » : rappelez-vous les moments de jubilation horrifiée que provoquent les mythologies du monde entier. Voilà, vous y êtes. Comment passer à côté de ce nouveau panthéon ?

(1) Pour avoir lu de nombreux autres avis, il semble que tout le monde soit d'accord pour qualifier tout cela de... WTF et c'est à mon sens le bon angle d'attaque.
(2) Pour autant, ça n'a pas semblé déranger grand monde...
(3) Parmi mes préférées : celles où apparaît le président des États-Unis (une fois à la télé, l'autre – brièvement – à la Maison Blanche). Irresistible à mon sens !
(4) En termes de démesure, je pense également aux films de Tarantino. Ou certains films d'horreur, je suppose (mais je n'aime pas me faire peur donc je ne connais rien à cette production).

dimanche 7 juillet 2019

Des larmes sous la pluie

Rosa Montero : Des larmes sous la pluie
Lágrimas en la lluvia (2011)
éd. Métailié, 2013
trad. Myriam Chirousse, couv. non créditée

États Unis de la Terre 2119, les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu'une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour réécrire l'histoire de l'humanité et la rendre manipulable. Bruna Husky, une réplicante guerrière, seule et inadaptée, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même, sur le mémoriste qui a créé les souvenirs qu'elle porte en elle et qui la rapprochent des humains. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n'a d'alliés que marginaux ou aliens, les seuls encore capables de raison et de tendresse dans ce tourbillon répressif de vertige paranoïaque. Rosa Montero choisit un avenir lointain pour nous parler de ce qui fait notre humanité, notre mémoire et notre identité, la certitude de notre mort et de celle de ceux que nous aimons. Ses personnages sont des survivants qui s'accrochent à la morale politique, à l'éthique individuelle, à l'amitié et à l'amour. Elle construit pour nous un futur cohérent, une intrigue vertigineuse et prenante pour nous parler de notre mort et de l'usage que nous faisons du temps qui nous est imparti. Elle écrit avec passion et humour, les outils essentiels pour comprendre le monde.
Le titre lui-même reprenant les mots de l'un des personnages d'une œuvre existante, Blade Runner, Des larmes sous la pluie (1) s'affiche comme un vibrant hommage à cette dernière et aux nombreuses réflexions qu'elle a suscité. 
Cependant, si son roman utilise l'univers et les figures créés par Dick, Rosa Montero s'emploie à le creuser, le détailler, l'étendre et l'inscrire dans un monde très proche du nôtre pour ne pas dire identique, imbriquant réalité et fiction, s'interrogeant sur la réalité des choses et multipliant les réflexions politiques et sociales.
Cette fois, c'est le point de vue d'une réplicante qui nous est donné, précisément celui de Bruna dont l'éditeur nous dit qu'elle est le « personnage le plus proche et le plus intime » de l'autrice, ce qui saute aux yeux à la lecture de ce premier tome.
Avec force détails, avec beaucoup d'humour et une très grande sensibilité, Rosa Montero se penche sur les conditions respectives des humains et des réplicants et pose un regard lucide sur l'univers injuste dans lequel tous se débattent du mieux qu'ils peuvent.
L'autrice a écrit deux suites aux aventures de Bruna, Le Poids du cœur et Le Temps de la haine. (2)

(1) Pour ceux qui ne connaissent pas s'il en reste, il s'agit des derniers mots prononcés par le réplicant traqué par le Blade Runner Rick Deckard, à la fin du film : « J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir. »
(2) Ce dernier ne devant sortir qu'à la rentrée en France.

mardi 2 juillet 2019

Newen Afrobeat

Newen Afrobeat : Curiche
(2019 - Autoproduction)
Second album (1) de ce groupe chilien (le premier dans ce coin à se pencher sur le style créé par Fela Kuti !), Curiche nous donne à entendre la même énergie, la même envie de bouger et le même émerveillement qu'à l'écoute des disques précédents.
Abordant le style à travers leur culture et dans un esprit résolument rock et endiablé, il est pratiquement impossible de ne pas se remuer dès les premières mesures.
Assez souvent mises en avant, les guitares martèlent leurs rythmes et s'envolent parfois dans des solos dont n'aurait pas à rougir Santana.
Tout est vraiment très bon dans ces disques.
Mais ne loupez pas certaines vidéos prises en concert, elles sont simplement fabuleuses. (2)

Les albums

Musiciens et invités :
- Francisca Riquelme : chant, chœurs, shekere
- Francisca Castro : chœurs, shekere
- Macarena Rozic : chœurs, shekere
- Roberto Gevert : batterie
- Tomas Pavez : kpanlogo, shekeres, claves
- Alejandro Orellana : congas, bongos
- Alvaro Quintas : basse
- Sebastian Crooker : guitare
- Martin Concha : guitare
- Mauricio Sanchez : trompette
- Klaus Brantmayer : saxophone alto
- Marcelo Morales : saxophone ténor
- Aldo Gomez : saxophone baryton
- Diego Alarcon : flûte traversière (3)
- Enrique Camhi : trompette
- Oghene Kologbo : guitare, chant (3)

(1) Le premier, sobrement intitulé Newen Afrobeat (2014), et un deux titres aussi inévitable qu'indispensable, Newen Plays Fela (2017), où l'on peut entendre Seun Kuti au chant et Cheick Tidiane Seck au clavier.
(2) Je pense à celle-ci (fait chaud)... ou celle-ci (fait chaud !). Mais il y en a plein d'autres.
(3) D'après ce que j'entends mais je peux me tromper.

lundi 24 juin 2019

Flook

Flook : Ancora
(2019 - Flatfish Records)
Après une bien longue absence, (1) le groupe irlandais nous revient dans une forme éblouissante, n'ayant rien perdu de sa vitalité ni de sa virtuosité époustouflante. Les morceaux alternent les traditionnels arrangés et les compositions du groupe qui se distingue notamment par sa rapidité d'exécution.
Bon sang, qu'est-ce qu'ils vont vite !
Le nombre important d'invités (2) permet à l'ensemble une musique métissée de diverses origines aux accents résolument modernes. Très riche et complexe, le disque ne quittera pas la platine de sitôt.
Et puis, j'avais le rêve d'un titre qui me ferait bouger autant que « The Empty Pod » et Flook l'a réalisé (« Ocean Child »). (3) Ils sont forts.
Un chef-d'œuvre de plus, ça valait le coup d'attendre.

Quelques extraits sur le site du groupe, suffisamment pour convaincre n'importe qui... (4)

Musiciens et invités :
- Brian Finnegan : flûtes, tin whistles
- Sarah Allen : flûtes, accordéon
Ed Boyd : guitares, bouzouki, piano
- John Joe Kelly : bodhrán
Simon Chrisman : dulcimer
Phil Cunningham : accordéon
Amadou Diagne : percussions
Philip Henry : lap steel
Trevor Hutchinson : contrebasse
Melvin Ifill : steel drums
Matthias Loibner : vièle à roue
Conor McCreanor : contrebasse
Niall Murphy : fiddle 
Patsy Reid : violoncelle, viole, violon
Eva Tejador : pandereta asturiana (5)
Mark Tucker : thérémine

(1) Quatorze années séparent cet album de son précédent, Haven (2005), les deux premiers datant de 1999 (Flatfish) et 2002 (Rubai).
(2) Ils sont douze.
(3) Si c'est pas du teaser, ça...
(4) Cliquez sur les albums.
(5) Je ne sais pas ce que c'est...