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jeudi 11 juillet 2019

La Bibliothèque de Mount Char

Scott Hawkins : La Bibliothèque de Mount Char
The Library of Mount Char (2015)
éd. Gallimard, Folio SF, 2019
trad. Jean-Daniel Brèque, couv. Aurélien Police

Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c'était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu'un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d'autres orphelins. Depuis, Carolyn n'a pas eu tant d'occasions de sortir. Elle et sa fratrie d'adoption ont été élevées suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance.
Mais Père a disparu et il n'y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s'en emparer. Carolyn se prépare pour la bataille qui s'annonce. Le destin de l'univers est en jeu, mais Carolyn a un plan. Le seul problème, c'est qu'en le menant à bien, elle a oublié de préserver ce qui faisait d'elle un être humain.
Ce premier roman de Scott Hawkins, dès les premières phrases et sans ménagement, nous plonge dans un tourbillon de folie et de démesure. Ici, sauf erreur de ma part, les tenants et aboutissants des aventures des orphelins de Mount Char n'ont pas la moindre importance, seules l'action et les situations... WTF (1) en ont une.
Situations dantesques, « dérangeantes », (2) totale démesure, scènes d'une violence rare, galerie de personnages tous plus gravement allumés les uns que les autres, tout est mis en œuvre pour happer le lecteur du début à la fin. L'auteur prend soin néanmoins de lui ménager quelques moments de répit, glissant de nombreux passages explicatifs nécessaires à la compréhension de la mécanique d'un univers qui ne répond qu'à sa propre logique.
Le registre employé par Hawkins ne laisse pas le moindre doute sur ses intentions. Ici, l'horreur et la démesure sont déployées dans un unique but : susciter la fascination, la jubilation et, très souvent, l'hilarité tant les scènes sont ahurissantes. (3)
Si je suis bien incapable de reconnaître des références précises, ce roman a soulevé chez moi des sentiments identiques à ceux provoqués par d'autres œuvres. Comme d'autres lecteurs, j'ai pensé relativement rapidement à Alan Moore et Neil Gaiman. Cependant, les « ressemblances » avec des œuvres musclées comme Preacher, GoddessNemesis ou même Hard Boiled m'ont immédiatement frappé. (4)
Bref, ça se lit sans respirer, c'est aussi drôle que décoiffant et ça ordonne de suivre très attentivement ce qui sera publié à l'avenir de cet auteur assurément à surveiller.
Pour ceux qui se sentiraient trop « vieux » pour lire ce « genre de conneries » : rappelez-vous les moments de jubilation horrifiée que provoquent les mythologies du monde entier. Voilà, vous y êtes. Comment passer à côté de ce nouveau panthéon ?

(1) Pour avoir lu de nombreux autres avis, il semble que tout le monde soit d'accord pour qualifier tout cela de... WTF et c'est à mon sens le bon angle d'attaque.
(2) Pour autant, ça n'a pas semblé déranger grand monde...
(3) Parmi mes préférées : celles où apparaît le président des États-Unis (une fois à la télé, l'autre – brièvement – à la Maison Blanche). Irresistible à mon sens !
(4) En termes de démesure, je pense également aux films de Tarantino. Ou certains films d'horreur, je suppose (mais je n'aime pas me faire peur donc je ne connais rien à cette production).

dimanche 7 juillet 2019

Des larmes sous la pluie

Rosa Montero : Des larmes sous la pluie
Lágrimas en la lluvia (2011)
éd. Métailié, 2013
trad. Myriam Chirousse, couv. non créditée

États Unis de la Terre 2119, les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu'une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour réécrire l'histoire de l'humanité et la rendre manipulable. Bruna Husky, une réplicante guerrière, seule et inadaptée, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même, sur le mémoriste qui a créé les souvenirs qu'elle porte en elle et qui la rapprochent des humains. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n'a d'alliés que marginaux ou aliens, les seuls encore capables de raison et de tendresse dans ce tourbillon répressif de vertige paranoïaque. Rosa Montero choisit un avenir lointain pour nous parler de ce qui fait notre humanité, notre mémoire et notre identité, la certitude de notre mort et de celle de ceux que nous aimons. Ses personnages sont des survivants qui s'accrochent à la morale politique, à l'éthique individuelle, à l'amitié et à l'amour. Elle construit pour nous un futur cohérent, une intrigue vertigineuse et prenante pour nous parler de notre mort et de l'usage que nous faisons du temps qui nous est imparti. Elle écrit avec passion et humour, les outils essentiels pour comprendre le monde.
Le titre lui-même reprenant les mots de l'un des personnages d'une œuvre existante, Blade Runner, Des larmes sous la pluie (1) s'affiche comme un vibrant hommage à cette dernière et aux nombreuses réflexions qu'elle a suscité. 
Cependant, si son roman utilise l'univers et les figures créés par Dick, Rosa Montero s'emploie à le creuser, le détailler, l'étendre et l'inscrire dans un monde très proche du nôtre pour ne pas dire identique, imbriquant réalité et fiction, s'interrogeant sur la réalité des choses et multipliant les réflexions politiques et sociales.
Cette fois, c'est le point de vue d'une réplicante qui nous est donné, précisément celui de Bruna dont l'éditeur nous dit qu'elle est le « personnage le plus proche et le plus intime » de l'autrice, ce qui saute aux yeux à la lecture de ce premier tome.
Avec force détails, avec beaucoup d'humour et une très grande sensibilité, Rosa Montero se penche sur les conditions respectives des humains et des réplicants et pose un regard lucide sur l'univers injuste dans lequel tous se débattent du mieux qu'ils peuvent.
L'autrice a écrit deux suites aux aventures de Bruna, Le Poids du cœur et Le Temps de la haine. (2)

(1) Pour ceux qui ne connaissent pas s'il en reste, il s'agit des derniers mots prononcés par le réplicant traqué par le Blade Runner Rick Deckard, à la fin du film : « J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir. »
(2) Ce dernier ne devant sortir qu'à la rentrée en France.

mardi 2 juillet 2019

Newen Afrobeat

Newen Afrobeat : Curiche
(2019 - Autoproduction)
Second album (1) de ce groupe chilien (le premier dans ce coin à se pencher sur le style créé par Fela Kuti !), Curiche nous donne à entendre la même énergie, la même envie de bouger et le même émerveillement qu'à l'écoute des disques précédents.
Abordant le style à travers leur culture et dans un esprit résolument rock et endiablé, il est pratiquement impossible de ne pas se remuer dès les premières mesures.
Assez souvent mises en avant, les guitares martèlent leurs rythmes et s'envolent parfois dans des solos dont n'aurait pas à rougir Santana.
Tout est vraiment très bon dans ces disques.
Mais ne loupez pas certaines vidéos prises en concert, elles sont simplement fabuleuses. (2)

Les albums

Musiciens et invités :
- Francisca Riquelme : chant, chœurs, shekere
- Francisca Castro : chœurs, shekere
- Macarena Rozic : chœurs, shekere
- Roberto Gevert : batterie
- Tomas Pavez : kpanlogo, shekeres, claves
- Alejandro Orellana : congas, bongos
- Alvaro Quintas : basse
- Sebastian Crooker : guitare
- Martin Concha : guitare
- Mauricio Sanchez : trompette
- Klaus Brantmayer : saxophone alto
- Marcelo Morales : saxophone ténor
- Aldo Gomez : saxophone baryton
- Diego Alarcon : flûte traversière (3)
- Enrique Camhi : trompette
- Oghene Kologbo : guitare, chant (3)

(1) Le premier, sobrement intitulé Newen Afrobeat (2014), et un deux titres aussi inévitable qu'indispensable, Newen Plays Fela (2017), où l'on peut entendre Seun Kuti au chant et Cheick Tidiane Seck au clavier.
(2) Je pense à celle-ci (fait chaud)... ou celle-ci (fait chaud !). Mais il y en a plein d'autres.
(3) D'après ce que j'entends mais je peux me tromper.

lundi 24 juin 2019

Flook

Flook : Ancora
(2019 - Flatfish Records)
Après une bien longue absence, (1) le groupe irlandais nous revient dans une forme éblouissante, n'ayant rien perdu de sa vitalité ni de sa virtuosité époustouflante. Les morceaux alternent les traditionnels arrangés et les compositions du groupe qui se distingue notamment par sa rapidité d'exécution.
Bon sang, qu'est-ce qu'ils vont vite !
Le nombre important d'invités (2) permet à l'ensemble une musique métissée de diverses origines aux accents résolument modernes. Très riche et complexe, le disque ne quittera pas la platine de sitôt.
Et puis, j'avais le rêve d'un titre qui me ferait bouger autant que « The Empty Pod » et Flook l'a réalisé (« Ocean Child »). (3) Ils sont forts.
Un chef-d'œuvre de plus, ça valait le coup d'attendre.

Quelques extraits sur le site du groupe, suffisamment pour convaincre n'importe qui... (4)

Musiciens et invités :
- Brian Finnegan : flûtes, tin whistles
- Sarah Allen : flûtes, accordéon
Ed Boyd : guitares, bouzouki, piano
- John Joe Kelly : bodhrán
Simon Chrisman : dulcimer
Phil Cunningham : accordéon
Amadou Diagne : percussions
Philip Henry : lap steel
Trevor Hutchinson : contrebasse
Melvin Ifill : steel drums
Matthias Loibner : vièle à roue
Conor McCreanor : contrebasse
Niall Murphy : fiddle 
Patsy Reid : violoncelle, viole, violon
Eva Tejador : pandereta asturiana (5)
Mark Tucker : thérémine

(1) Quatorze années séparent cet album de son précédent, Haven (2005), les deux premiers datant de 1999 (Flatfish) et 2002 (Rubai).
(2) Ils sont douze.
(3) Si c'est pas du teaser, ça...
(4) Cliquez sur les albums.
(5) Je ne sais pas ce que c'est...

samedi 15 juin 2019

Topette!!

Topette!! : Rhododendron
(2019 - Autoproduction)
C'est avec ce second album (1) que les cinq musiciens de ce groupe franco-anglais reviennent, leur talent, leur engagement dans leur musique et leur bonne humeur intactes.
D'emblée issues des traditions européennes (on pense immédiatement à l'Irlande, l'Écosse, l'Angleterre ou la France), la musique de Topette!! est également parfois composée plus récemment et pioche dans (voire mêle) d'autres sources traditionnelles, le trait commun étant la danse.
Si l'aura d'Andy Cutting est incontournable, elle ne masque pas pour autant la dextérité des autres membres du groupe, l'alchimie du quintet étant évidente, tout comme sa richesse et son sens des mélodies.
La basse, très en avant, donne une couleur unique au groupe, le rendant immédiatement identifiable au bout de quelques mesures.
Un grand groupe !

L'album : Rhododendron

Musiciens :
- Tania Buisse : bodhrán
- Julien Cartonnet : cornemuses, banjo
- Andy Cutting : accordéons
- James Delarre : violon
- Barnaby Stradling : guitare basse acoustique

(1) Techniquement, Rhododendron étant leur troisième disque puisqu'un premier EP de sept titres (Chez Michel, 2015) et un premier album, donc (C'est le pompon, 2017), tous absolument formidables.

dimanche 26 mai 2019

Marta Ren & The Groovelvets

Marta Ren & The Groovelvets : Stop, Look, Listen
(2016 - Record Kicks)
Faisant preuve d'un talent immédiatement identifiable, ce groupe portugais offre un écrin somptueux à sa chanteuse, Marta Campos, la laissant exprimer le sien en revisitant la funk des années 60.
Ici, tout est explosif : les compositions, le talent de tous les musiciens, la voix de la chanteuse (1) et la joie que procurent ces onze titres. Comment ne pas être hilare dès les premières notes ?
Plus qu'un hommage réussi : un exercice de style brillant, qui renvoie tout auditeur (déjà convaincu ou non) au meilleur du genre il y a 60 ans comme s'il y était de nouveau et ne propose que des titres fraîchement composés. (2)
Un festin auquel il est bien difficile de mettre fin.

L'album : Stop, Look, Listen

Musiciens :
- Marta Campos : voix
- Sérgio Marques : basse
- Hugo Danin : batterie
- Bruno Macedo : guitare
- Sérgio Alves : claviers
- Manu Idhra : percussion
- Paulo Gravato : baritone
- João Martins : saxophones
- Rui Pedro Silva : trompette
- José Silva : trompette
João Sêco : trombone

(1) Voix dont elle use au sein d'un autre groupe, Sloppy Joe, avec non moins de talent mais dans un tout autre registre puisqu'il s'agit de ska, de dub et de reggae... (Quelques exemples.)
(2)  À l'exception d'un seul, « I'm Not Your Regular Woman », qui est de Ted Jarret.

mercredi 3 avril 2019

Barbara Dane

Barbara Dane : Barbara Dane and The Chambers Brothers
(1966 - Folkways Records)
Avec cette seconde réédition chez Smithsonian Folkways RecordingsBarbara Dane confirme sont talent et s'entoure de quatre autres voix pour nous offrir des titres se partageant entre le folk et le gospel et assénés comme autant d'hymnes envoûtants.
La voix de la chanteuse américaine est à l'image de celle que présente la pochette du disque : elle s'impose.
Ce qui est un peu la marque de fabrique de Barbara Dane, sa voix étant en effet un outil puissant et vibrant, dont elle use avec passion, ne sachant (ou ne voulant) pas apprendre... à la fermer. (1) 
Les forces de la nature de cette trempe sont fort rares, il faut les écouter et les faire écouter davantage.
(2)

L'album : Barbara Dane and The Chambers Brothers

Musiciens :
- Barbara Dane : voix
- George, Joseph, Lester et Willie Chambers : voix, guitare

(1) Ce qui est également à l'image de celle présentée par la pochette, qui lui fait dire beaucoup plus tard : « C'était les années 60... Il y avait des disques avec des hommes blancs et noirs, mais une femme blanche et un homme noir, c'était la combinaison empoisonnée ! ».
Avant d'aller plus loin, je vous recommande la lecture de cet excellent article de novembre 2013 et de Sophian Fanen, sur le site de Fip. C'est assez « long » (en termes actuels) mais ça vaut plus que le détour et il serait fort dommage de n'en louper ne serait-ce qu'une ligne ! (Merci Pablitta, again.)
(2) Oui, c'est tout, si vous avez suivi les liens, vous en savez autant que moi sur la dame. De mon côté, je vais continuer de creuser pour en apprendre davantage sur cette gonzesse ébouriffante. Pardon madame. Et merci.

vendredi 29 mars 2019

Du côté des petites filles

Elena Gianini Belotti : Du côté des petites filles
(L'influence des conditionnements sociaux
sur la formation du rôle féminin dans la petite enfance)
Dalla Parte delle Bambine (1973)
éd. Des femmes, 2009
trad. collectif de traduction des éditions Des femmes, couv. non créditée

(La quatrième de couverture ne donnant à lire que des extraits de critiques enthousiastes, voici la présentation de l'autrice.)
Elena Gianini Belotti est née à Rome où elle réside encore actuellement. Depuis 1960, c'est-à-dire depuis sa création, elle dirige le « Centro Nascita Montessori » de Rome, unique en son genre en Italie, où se fait la préparation pratique et psychologique des femmes enceintes : préparation au devoir de mères respectueuses de l'individualité de l'enfant. Depuis plusieurs années, elle donne un enseignement aux élèves de la même « Scuola Assistenzi Infezia Montessori », qui s'est transformée en Institut professionnel d'État en 1960. Elle est collaboratrice de différentes revues spécialisées.
Que cet admirable essai ne fasse pas plus de bruit alors que le massacre de masse auquel il est consacré se passe sous les yeux de tous, en permanence, m'est absolument incompréhensible. (1)
Présentant une étude très poussée et détaillée, cet ouvrage se penche sur les raisons qui font de l'identification sexuelle celle que l'on connaît depuis trop longtemps. Il démontre avec de fort nombreux exemples (2) que les adultes sont les uniques responsables des différences entre les sexes telles qu'elles sont massivement admises et entretenues.
S'il est évident que les filles sont les premières victimes de ce formatage à marche forcée (3), l'autrice, observatrice de compétition dotée d'une lucidité et d'un humour sans faille, n'oublie pas de dire que les garçons aussi. Certainement pas la majorité puisque, d'un côté comme de l'autre, on s'échine à perpétuer le massacre, persuadé que c'est la bonne chose à faire. (4) Mais, de manière certaine, il s'en trouve qui ne supportent pas plus la condition qu'on leur impose que leurs congénères. Il s'en trouve qui n'ont jamais compris l'éducation qu'ils recevaient et qu'un tel livre aurait pu grandement aider à retrouver un peu d'assurance. En effet, apprendre que l'on n'est pas si idiot de penser qu'on avance dans le bon sens tout en constatant que l'on nage à contre-courant de tous, c'est ce que j'appelle une bouée de sauvetage.
Tous les humains sans la moindre exception devraient lire ce livre. Aussi jeune que possible. Le boulot des parents, avant l'âge venu, serait de les préparer doucement à cette lecture. S'ils aiment vraiment leurs gosses, c'est l'unique chose à faire. Mais ils manqueraient cruellement du soutient de l'École et des institutions qui semblent loin d'être prêtes à changer le mode de fabrication des filles et des garçons.
Cet essai est une mine d'informations et, à mon sens, un outil des plus indispensables.

(1) Peut-être parce que je suis un garçon, cela dit ? Parce que les filles (de plus de quarante ans, ai-je cru constater mais je n'en suis qu'au début de cette enquête dangereuse) semblent bien connaître (au point de dire « c'est rigolo, ils ont conservé la même couverture depuis le début »). Les filles, c'est pas cool de planquer une telle merveille aux garçons. Un éternel merci à Pablitta (une fille !) qui, lors d'une discussion à bâtons rompus sur un certain forum de rock, l'a porté (deux fois) à ma connaissance.
(2) Impossible de ne pas reconnaître, dans ces exemples, au moins une situation que l'on a vécu enfant, d'autres dont nous avons été les témoins.
(3) L'essai est sans appel : « À cinq ans, tout est donc joué, l'adéquation aux stéréotypes masculins et féminins est déjà réalisée. »
(4) Puisque tout le monde le fait... Hum.

vendredi 25 janvier 2019

Jamais avant le coucher du soleil

Johanna Sinisalo : Jamais avant le coucher du soleil
Ennen pvänlaskua ei voiäi (2000)
éd. Actes Sud, 2005
trad. Anne Colin du Terrail, couv. Yoshitomo Nara

Dynamique photographe de pub, Ange vit en solitaire stressé. Un soir, il sauve des bottes d'une bande de jeunes quelque chose qui ressemble fort à un animal blessé. Mais ce qu'il recueille dans son appartement est un enfant troll, perdu certes mais sauvage, et d'une violence inquiétante.
Commencent alors d'une part une enquête discrète sur ces êtres que nombre de documents ne disent pas imaginaires mais bien réels et, d'autre part, une partie de cache-cache avec les amis, les collègues de travail et les voisins d'immeuble.
Au quotidien du photographe, qui tient peut-être l'occasion de réaliser les photos de sa vie mais doit dissimuler l'existence de son troll, se mêlent ainsi des données qui, progressivement, lui confirment que ce qu'il vit n'est pas un rêve mais une réalité dangereuse à laquelle il va bien falloir trouver une solution... forcément radicale.
Avec son tout premier roman, Johanna Sinisalo s'interroge sur ce qui sépare le genre animal du genre humain en se servant de différents thèmes importants (le sexe, le sentiment amoureux, (1) et la condition de la femme pour ceux que j'ai relevés).
Si j'ai trouvé le ton de l'autrice moins féroce que pour Avec joie et docilité, on retrouve ici le regard ironique et sévère qu'elle pose sur notre société. Johanna Sinisalo observe méticuleusement ses semblables et s'amuse à les confronter vigoureusement à leurs contradictions. Le sujet « dérangeant » de Jamais avant le coucher du soleil s'y prête à merveille et il m'a semblé retrouver cet usage des contrastes et des oppositions, cet angle de vue décalé afin de mieux voir, l'humour grinçant et cette absence de « politiquement correct ».
La cerise sur le gâteau étant que cette malicieuse autrice semble bel et bien parvenue à provoquer la même chose chez ses lecteurs (des contradictions). En effet, bien que ce roman ait eu une plutôt bonne réception de la part de ces derniers, j'ai l'étrange sentiment qu'il fait partie de ces livres trop vite lus voire mal lus.
Les interprétations sont des plus diverses et variées (2), contradictoire parfois, (3) les réactions curieuses (4) et les avis (5) et autres commentaires en aparté décapants. (6) Mais tous ou presque ont bien aimé... alors que le bouquin semble totalement différent pour chaque lecteur. Une énigme.
Alors... Au risque de me tromper, pour la pédophilie et la zoophilie, (7) je ne pense pas. Pessi est un troll, un animal. La plupart du temps, il se comporte comme un chat. Aucun doute possible sur sa nature. Par ailleurs, l'attirance sexuelle qu'éprouve Ange pour Pessi est expliquée dans le roman (par le biologiste), tout du moins une explication rationnelle est avancée. (8)
Toujours au risque de me tromper, j'ai également vu, dans les extraits de la documentation que lit Ange pour parvenir à maintenir Pessi en vie après l'avoir secouru, des textes réels. Certes, j'étais tout d'abord persuadé qu'il s'agissait de textes fictifs, puis les dates m'ont fait douter. Une petite recherche m'a appris que certains des auteurs et titres d'ouvrages mentionnés existaient réellement. (9) Après coup, j'y vois encore une opposition entre l'énergie dépensée à étudier ce qui semble être des chimères et le peu d'intérêt que semble susciter les violences faites aux femmes.
Pour ce qui est de « l'animalité qui est en nous » (hum...), il en est effectivement question mais ce n'est pas en Pessi ou Ange qu'elle s'incarne. L'animal vit au premier étage. Lui, sans la moindre équivoque, incarne le porc tel qu'on le balance avec raison de nos jours. Et, aux yeux de ce dernier, Palomita incarne également la condition animale.
Des contrastes et des oppositions, donc. (10)
Bref, toutes les perches tendues ont fonctionné.
Si tous les auteurs féministes sont lus de cette manière, je comprends mieux pourquoi cette cause n'avance pas.

(1) Pour ce que ça veut dire... Étroitement liés au sexe, on trouve donc ce fameux sentiment amoureux (?) et la reproduction. Mais, à mon sens, il s'agit de trois sujets aussi distincts qu'indissociables. Trois sujets qui n'ont absolument rien à voir entre eux, si ce n'est d'être étroitement liés et d'une importance équivalente. Malheureusement, cette promiscuité, et bien souvent la difficulté d'en parler avec franchise et sincérité, font qu'une effarante majorité de personnes mélange le tout joyeusement et y ajoute hardiment de nombreuses convictions aussi personnelles qu'erronées.
Visiblement, le genre humain s'éteindra bien avant de parvenir à se comprendre lui-même. Les conditions effroyables de la femme et des homosexuels (à qui l'on refuse le statut d'être humain, pour résumer) ont encore, à mon grand désarroi, du pain sur la planche.
(2) Certains ont aimé le côté « documentaire animalier », d'autres y ont vu d'autres choses... diverses et variées.
(3) « Pour lecteurs avertis », trouve-ton dans l'une des critiques que j'ai pu lire. Plus loin, sur le même site, une autre annonçait « Un roman pour tout âge, pour les passionnés des splendeurs polaires ou pour les non-initiés qui veulent s'immiscer dans l'univers du Grand Nord à la recherche des Vikings et des Trolls ».
(4) « [...] je n'ai pas envie de lire de livres sur les "gentils pédophiles" ».
(5) « C'est un roman très prenant, rendant hommage à la douceur de la fourrure du petit troll, à ses yeux qui brillent dans la nuit, à ses griffes terribles et à son instinct que rien n'arrête ».
(6) « [...] puis finit par tomber amoureux [de la créature], alors que, par ailleurs, son cœurou plutôt son cul, pour être plus précisbalance entre [...] ». Certains qualifiant donc Ange, le personnage principal, de pédophile, d'autres de zoophile. En aurait-il été de même si Ange n'avait pas été homosexuel ou avait été une femme, quels que soient le sexe et le nombre de ses partenaires et quelles que soient les orientations sexuelles de tout ce beau monde ? Je n'affirme rien, je me pose simplement la question.
(7) Voir la note (6). (Ah, ah, ah, je vous ai eus !)
(8) Relisez attentivement la page 303 et les suivantes. De cela, il est question tout au long du roman. Qu'est-ce qui a bien pu autant vous choquer ? L'éjaculation incontrôlée d'Ange ? Il est pourtant clair que cela arrive malgré lui et que cela le laisse tout aussi profondément perturbé que par son comportement général lorsqu'il est en présence de l'animal.
(9) Yrjö Kokko, Bruce Chatwin et Selma Lagerlöf semblent être de vrais auteurs et les titres des ouvrages dont sont issus les extraits semblent exister. Néanmoins, un terrible doute m'assaille : ai-je raison ou bien suis-je enfin prêt à m'autoproclamer philosophe et penseur ?
(10) Allez zou, une dernière, pour la route : page 170, l'intervention du professeur Soikkeli qui, bien que le prénom soit différent, semble être cette personne. N'oubliez pas de relire la page 170...

samedi 10 novembre 2018

Ce

José Roosevelt : Ce
Les Éditions du Canard (2009)
Un homme sans passé, un homme qui rêve. Mais il ne s'agit pas d'un homme commun : lui, il est immortel. Est-ce cette condition d'immortel qui donne à ses rêves un caractère si obsessionnel ? L'homme comprend, à l'aide d'un magicien aux oreilles pointues, que ses rêves sont beaucoup plus qu'ils ne semblent. Dans ses rêves, il est question d'une rencontre avec une femme mi-ange mi-robot, S-29, avec qui il partage de nombreux dangers et à qui il confiera son histoire. Dans sa vie éveillée, il est question d'une ville enfouie dans les profondeurs de la terre, où se cache une société aux rituels bien particuliers. Au détour des rues de cette cité, l'homme lie connaissance avec le gardien Heimdall, les enfants guerriers Blanqueau et Noiraud, et l'alchimiste Gian. Et encore avec deux femmes qui attisent son intérêt jusqu'à la fascination : Alyss, la jeune magicienne dont les affinités avec l'œuvre de Lewis Carroll ne se réduisent pas à la sonorité du prénom, et Victoria, la souveraine de la Cité, la maîtresse des défilés érotiques, la liseuse de pensées aux penchants morbides... de qui il ne veut plus se séparer. Cet homme, cet immortel, s'appellera « Ce ».

Dessin de Roosevelt
Timidement au départ, puis poussés par une curiosité et une envie grandissante de comprendre, nous suivons Ce et découvrons de son point de vue cette cité aux mœurs étranges ainsi que ses rêves qui ne le sont pas moins.
Il est de très rares bandes dessinées qui, à la première lecture, très vite, s'annoncent comme des monuments qui s'useront à force de très nombreuses visites, certes toujours plus familières, mais également riches de promesses et de nouvelles découvertes.
Ce est de celles-ci. 
Parmi les influences graphiques communément admises, si celle de Moebius est justifiée, (1) il me semble que celle de Druillet est beaucoup moins flagrante. En revanche, au risque de me tromper, je crois y avoir découvert beaucoup de points communs avec certaines œuvres d'Andreas


Dessin de Roosevelt
Si le style de ce dernier est souvent bien plus sombre, plus incisif, tranchant, bien des choses les rapprochent. Les choix de l'absence de couleur et du dessin au trait, bien entendu, mais aussi, chez l'un comme l'autre, la richesse et la minutie des détails, le soin porté à la narration, l'envie de surprendre constamment le lecteur, de l'amener à s'interroger, de ne pas tout dévoiler, de faire appel à l'inconscient et à la perception de la réalité, tenter d'effleurer ce qui dépasse l'entendement. (2) Si je peux faire dire à Roosevelt « Faire appel à l'intelligence, à la capacité d'interprétation et à l'imagination du lecteur, c'était peut-être le principal de mes buts », je ne retrouve pas les mots exacts d'Andreas. Mais je peux vous assurer que ses préoccupations principales sont identiques. Ces gars-là, avec un rare talent, font d'évidentes tentatives pour communiquer ! Mais, chez l'un comme chez l'autre, certaines choses, certains aspects resteront dans l'ombre, demeureront inexpliqués, à moins que les lecteurs ne s'amusent à chercher des clefs, quitte à le faire dans les œuvres suggérées par ces bandes dessinées sinon à les inventer de toutes pièces.
Ces références dépassent de loin le domaine de l'image, Roosevelt comme Andreas les multipliant tout au long de leurs albums, au travers des personnages comme de la narration ou du récit lui-même, facilement saisissables pour certains, à jamais mystérieux pour d'autres. (3)

Pour ce qui est du parcours de cet auteur incontournable qu'est José Roosevelt (4) tout ce que je pourrais raconter ici peut se retrouver de manière beaucoup plus complète sur le site Du9 où Maël Rannou lui consacre un long entretien absolument captivant en quatre parties : De la peinture à la bande dessinée, Le Monde de Juanalberto, L'Expérimentation permanente et Ce. (5)
On peut également trouver beaucoup d'autres informations et de très nombreux dessins ainsi que toutes les œuvres de l'auteur sur son propre site.

Dessin de Roosevelt

(1) Le premier tome de Ce (qui doit en compter treize) lui est d'ailleurs dédié, comme le seront les tomes suivants à d'autres auteurs et artistes qui ont influencé Roosevelt, au point que certains des personnages issus de ces influences assumées s'ancrent dans plusieurs de ses œuvres, aussi différentes soient-elles. Les deux autres principales sources d'inspiration (mais elles sont bien plus nombreuses et parfois assez surprenantes) sont Carl Barks et Lewis Trondheim.
(2) Allez, j'aide : le sense of wonder. L'émerveillement. Ce machin qui nous laisse parfois les yeux dans le vague et le sourire aux lèvres.
(3) Mon ignorance m'empêche de comprendre l'omniprésence de cette foutue poire... Je suis preneur de toute indication éclairante.
(4) Autodidacte, peintre relevant du surréalisme, il s'investit toujours plus dans la bande dessinée, un médium riche et complexe qui lui permet d'étoffer son propos.
(5) Si l'envie de découvrir d'autres dessins se fait sentir je suggérerais tout de même d'aborder Ce (au moins les trois premiers tomes) avant de lire tout cela. C'est ainsi que je l'ai découvert et il me semble que c'était une bonne chose. Je vais à présent commander la suite de ces trois premiers tomes (douze sont publiés à ce jour, le suivant et dernier devant logiquement paraître courant 2019).