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mercredi 6 novembre 2019

La Fin du rêve

Philip Wylie : La Fin du rêve
The End of the Dream (1972)
éd. Le Livre de Poche, 1979
trad. Bruno Martin, couv. Gérard Ruffin

En cet été 2023, 90 p. 100 de la population a péri. Et il ne reste guère d'espoir pour les survivants. Oh ! non, il n'y a pas eu de conflit généralisé. La bombe, les gaz ou les virus n'ont pas été nécessaires.
Dès 1970, tout était joué. Tout s'est enchaîné puis déchaîné. Dès 1970, les pétroliers n'ont pas cessé de polluer les océans et les mers. Les rivières recueillaient chaque jour de nouveaux effluents toxiques. La Méditerranée agonisait. Les usines ne parvenaient plus à traiter les ordures. Les centrales ne savaient plus où mettre leurs déchets. Les lacs mouraient, les saisons devenaient folles. Dès 1970, le scénario était irréversible.
Ce livre totalement effrayant est le constat à la fois minutieux et convaincant du dernier demi-siècle de l'homme. Un livre testament qui, selon la critique américaine, doit être lu par tous ceux qui s'intéressent à la vie.
Ben oui, la question de l'écologie n'a pas commencé avec Greta...
Pour qu'un tel roman voie le jour en 1972, j'ai le sentiment que sa réflexion et ses inquiétudes reposent bel et bien sur quelque chose qui lui a précédé (de combien ? Dix, vingt ans ?). Il semble que ce soit effectivement le cas, si j'en crois l'avis (1) de Jean-Pierre Andrevon, puisque ce livre s'appuie principalement sur « les ouvrages de l'écologiste Barry Commoner »Qualifié de « froid et sans passion » et de « terrifiant de réalisme » par le même critique, le livre de Philip Wylie est en effet pénible à lire, surtout de nos jours, puisqu'il donne, à peu près à chacun de ses paragraphes, l'impression de lire l'actualité quotidienne de 2019. (2)
Il n'en demeure pas moins que, à mon sens, beaucoup de personnes gagneraient à le lire, principalement celles qui jouent à l'autruche ou, pire, augmentent et défendent leurs ressources monétaires à n'importe quel prix (!). Au moins, comprendraient-elles (3) que les colères de Greta Thunberg, cette jeune et courageuse dame, reposent elles aussi sur quelque chose qui leur a précédé. (4)
Une bonne chose que cette jeune dame soit née à notre époque, dans un endroit où elle peut encore s'exprimer. Plus tôt ou ailleurs, elle aurait atteint le bûcher bien avant la moindre assemblée nationale. Pour autant, si je ne connais pas d'autres objectifs à son action que ceux qu'elle déclare, je lui souhaite de tout cœur de survivre à cette tempête de merde (5) qu'elle ne mérite pas. Elle aura tout de même eu une réponse partielle à l'une de ses questions : visiblement, certains ont honte, au point d'en avoir l'écume aux lèvres.
Sera-t-elle écoutée ? Obtiendra-t-elle l'ombre de l'ombre d'un semblant de dialogue ? Je ne le pense pas, bien que je l'espère. (6) Si l'on pouvait demander aujourd'hui son avis sur la question à Philip Wylie, (7) peut-être se contenterait-il de nous renvoyer, avec une larme au coin de l'œil et un long soupir las, à son roman ? (8)
Comme le chantait l'autre Belge : « Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne cause pas, Monsieur, on ne cause pas... On compte. »

(1) Ici, en bas.
(2) « Coïncidence : le même jour, le ministère de la Transition écologique publiait le rapport dans lequel, tous les quatre ans, il dresse l'état des lieux de l'environnement. C'est accablant. Il n'y a pas que l'air pollué. Il n'y a pas que la biodiversité, avec 18 % des espèces évaluées par les scientifiques éteintes ou menacées, et les habitats naturels massivement dégradés. Il y a aussi les eaux souterraines bourrées de pesticides, de nitrates, de médicaments, de perturbateurs endocriniens. Et les émissions de CO2, qui pulvérisent les scores : 4,9 tonnes par an et par habitant, alors qu'il ne faudrait pas dépasser 2.8 tonnes pour tenir l'objectif (pourtant timide) du Giec. » (Le Canard enchaîné, mercredi 30 octobre 2019, pardon pour cet emprunt.)
(3) Oui, gardons espoir ! Hum...
(4) « Quand le sage désigne la Lune... », patin couffin.
(5) Au lendemain de la rédaction de ce billet, je découvre celui-ci. Allez zou, faut que je passe à la douche, j'ai plein de gerbe sur mon pull...
(6) On a les contradictions qu'on peut...
(7) John Brunner s'amuse également, dans la préface à ce livre, à prêter ses mots à l'auteur, de la manière suivante : « Oui, j'ai bien dit, et je répète encore plus fort : VOTRE FAÇON DE FAIRE LE MONDE. Comme vous continuez à le faire. Si vous avez l'âge de lire ces caractères d'imprimerie, vous êtes assez grand garçon pour porter, au moins en partie, la responsabilité du merdier dans lequel nous pataugeons. Je crois que c'est là ce que Wylie aurait aimé vous dire lui-même. Sinon, il n'aurait pas écrit un livre comme celui-ci juste au terme de sa vie. » (Quel grossier personnage !)
(8) « Naturellement, en 1970, le public n'avait pas saisi cette simple évidence que son intérêt subit pour le nettoyage de son environnement était en conflit direct avec les marchandises, services ou produit national brut qu'il achetait ou utilisait à une cadence sans cesse croissante, qu'il n'avait d'ailleurs aucune intention de freiner. »

jeudi 29 août 2019

Jenn & Laura-Beth

Jenn & Laura-Beth : Bound
(2016 - JBLB)
Si une première écoute du disque de ce duo composé de Jenn Butterworth et Laura-Beth Salter peut sembler « facile », il s'avère très rapidement beaucoup plus riche qu'il ne le paraît et rejoint tout aussi vite ceux qu'il est difficile de laisser de côté.
Bound nous propose onze titres lumineux de musique folk de divers pays (1), les filles rivalisant de virtuosité, leurs voix se confondant merveilleusement, leur inspiration puisant également dans les styles Oldtime et Bluegrass.
Cependant, non contentes de signer cette perle, Jenn et Laura-Beth sont des bourreaux de travail et jouent également chacune de leur côté, que ce soit pour des disques solo ou une implication remarquée dans d'autres groupes tout aussi indispensables. (2)
Ici, la complicité des deux musiciennes est néanmoins absolument évidente et audible, l'atmosphère de Bound faisant exploser l'impatience de les écouter de nouveau sous forme de duo.
Un grand disque.

L'album

Musiciennes :
- Jenn Butterworth : guitare, chant
- Laura-Beth Salter : mandoline, chant

(1) De plus amples détails sont lisibles sur le site de Jenn et Laura-Beth, ainsi que quelques vidéos.
(2) Laura-Beth SalterKinnaris Quintet, The Shee... (pour ne citer que ces trois, j'ai cessé de creuser faute de temps, elles semblent de jamais s'arrêter et, jusqu'à preuve du contraire, tout est d'une excellente tenue.

jeudi 11 juillet 2019

La Bibliothèque de Mount Char

Scott Hawkins : La Bibliothèque de Mount Char
The Library of Mount Char (2015)
éd. Gallimard, Folio SF, 2019
trad. Jean-Daniel Brèque, couv. Aurélien Police

Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c'était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu'un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d'autres orphelins. Depuis, Carolyn n'a pas eu tant d'occasions de sortir. Elle et sa fratrie d'adoption ont été élevées suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance.
Mais Père a disparu et il n'y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s'en emparer. Carolyn se prépare pour la bataille qui s'annonce. Le destin de l'univers est en jeu, mais Carolyn a un plan. Le seul problème, c'est qu'en le menant à bien, elle a oublié de préserver ce qui faisait d'elle un être humain.
Ce premier roman de Scott Hawkins, dès les premières phrases et sans ménagement, nous plonge dans un tourbillon de folie et de démesure. Ici, sauf erreur de ma part, les tenants et aboutissants des aventures des orphelins de Mount Char n'ont pas la moindre importance, seules l'action et les situations... WTF (1) en ont une.
Situations dantesques, « dérangeantes », (2) totale démesure, scènes d'une violence rare, galerie de personnages tous plus gravement allumés les uns que les autres, tout est mis en œuvre pour happer le lecteur du début à la fin. L'auteur prend soin néanmoins de lui ménager quelques moments de répit, glissant de nombreux passages explicatifs nécessaires à la compréhension de la mécanique d'un univers qui ne répond qu'à sa propre logique.
Le registre employé par Hawkins ne laisse pas le moindre doute sur ses intentions. Ici, l'horreur et la démesure sont déployées dans un unique but : susciter la fascination, la jubilation et, très souvent, l'hilarité tant les scènes sont ahurissantes. (3)
Si je suis bien incapable de reconnaître des références précises, ce roman a soulevé chez moi des sentiments identiques à ceux provoqués par d'autres œuvres. Comme d'autres lecteurs, j'ai pensé relativement rapidement à Alan Moore et Neil Gaiman. Cependant, les « ressemblances » avec des œuvres musclées comme Preacher, GoddessNemesis ou même Hard Boiled m'ont immédiatement frappé. (4)
Bref, ça se lit sans respirer, c'est aussi drôle que décoiffant et ça ordonne de suivre très attentivement ce qui sera publié à l'avenir de cet auteur assurément à surveiller.
Pour ceux qui se sentiraient trop « vieux » pour lire ce « genre de conneries » : rappelez-vous les moments de jubilation horrifiée que provoquent les mythologies du monde entier. Voilà, vous y êtes. Comment passer à côté de ce nouveau panthéon ?

(1) Pour avoir lu de nombreux autres avis, il semble que tout le monde soit d'accord pour qualifier tout cela de... WTF et c'est à mon sens le bon angle d'attaque.
(2) Pour autant, ça n'a pas semblé déranger grand monde...
(3) Parmi mes préférées : celles où apparaît le président des États-Unis (une fois à la télé, l'autre – brièvement – à la Maison Blanche). Irresistible à mon sens !
(4) En termes de démesure, je pense également aux films de Tarantino. Ou certains films d'horreur, je suppose (mais je n'aime pas me faire peur donc je ne connais rien à cette production).

dimanche 7 juillet 2019

Des larmes sous la pluie

Rosa Montero : Des larmes sous la pluie
Lágrimas en la lluvia (2011)
éd. Métailié, 2013
trad. Myriam Chirousse, couv. non créditée

États Unis de la Terre 2119, les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu'une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour réécrire l'histoire de l'humanité et la rendre manipulable. Bruna Husky, une réplicante guerrière, seule et inadaptée, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même, sur le mémoriste qui a créé les souvenirs qu'elle porte en elle et qui la rapprochent des humains. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n'a d'alliés que marginaux ou aliens, les seuls encore capables de raison et de tendresse dans ce tourbillon répressif de vertige paranoïaque. Rosa Montero choisit un avenir lointain pour nous parler de ce qui fait notre humanité, notre mémoire et notre identité, la certitude de notre mort et de celle de ceux que nous aimons. Ses personnages sont des survivants qui s'accrochent à la morale politique, à l'éthique individuelle, à l'amitié et à l'amour. Elle construit pour nous un futur cohérent, une intrigue vertigineuse et prenante pour nous parler de notre mort et de l'usage que nous faisons du temps qui nous est imparti. Elle écrit avec passion et humour, les outils essentiels pour comprendre le monde.
Le titre lui-même reprenant les mots de l'un des personnages d'une œuvre existante, Blade Runner, Des larmes sous la pluie (1) s'affiche comme un vibrant hommage à cette dernière et aux nombreuses réflexions qu'elle a suscité. 
Cependant, si son roman utilise l'univers et les figures créés par Dick, Rosa Montero s'emploie à le creuser, le détailler, l'étendre et l'inscrire dans un monde très proche du nôtre pour ne pas dire identique, imbriquant réalité et fiction, s'interrogeant sur la réalité des choses et multipliant les réflexions politiques et sociales.
Cette fois, c'est le point de vue d'une réplicante qui nous est donné, précisément celui de Bruna dont l'éditeur nous dit qu'elle est le « personnage le plus proche et le plus intime » de l'autrice, ce qui saute aux yeux à la lecture de ce premier tome.
Avec force détails, avec beaucoup d'humour et une très grande sensibilité, Rosa Montero se penche sur les conditions respectives des humains et des réplicants et pose un regard lucide sur l'univers injuste dans lequel tous se débattent du mieux qu'ils peuvent.
L'autrice a écrit deux suites aux aventures de Bruna, Le Poids du cœur et Le Temps de la haine. (2)

(1) Pour ceux qui ne connaissent pas s'il en reste, il s'agit des derniers mots prononcés par le réplicant traqué par le Blade Runner Rick Deckard, à la fin du film : « J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir. »
(2) Ce dernier ne devant sortir qu'à la rentrée en France.

mardi 2 juillet 2019

Newen Afrobeat

Newen Afrobeat : Curiche
(2019 - Autoproduction)
Second album (1) de ce groupe chilien (le premier dans ce coin à se pencher sur le style créé par Fela Kuti !), Curiche nous donne à entendre la même énergie, la même envie de bouger et le même émerveillement qu'à l'écoute des disques précédents.
Abordant le style à travers leur culture et dans un esprit résolument rock et endiablé, il est pratiquement impossible de ne pas se remuer dès les premières mesures.
Assez souvent mises en avant, les guitares martèlent leurs rythmes et s'envolent parfois dans des solos dont n'aurait pas à rougir Santana.
Tout est vraiment très bon dans ces disques.
Mais ne loupez pas certaines vidéos prises en concert, elles sont simplement fabuleuses. (2)

Les albums

Musiciens et invités :
- Francisca Riquelme : chant, chœurs, shekere
- Francisca Castro : chœurs, shekere
- Macarena Rozic : chœurs, shekere
- Roberto Gevert : batterie
- Tomas Pavez : kpanlogo, shekeres, claves
- Alejandro Orellana : congas, bongos
- Alvaro Quintas : basse
- Sebastian Crooker : guitare
- Martin Concha : guitare
- Mauricio Sanchez : trompette
- Klaus Brantmayer : saxophone alto
- Marcelo Morales : saxophone ténor
- Aldo Gomez : saxophone baryton
- Diego Alarcon : flûte traversière (3)
- Enrique Camhi : trompette
- Oghene Kologbo : guitare, chant (3)

(1) Le premier, sobrement intitulé Newen Afrobeat (2014), et un deux titres aussi inévitable qu'indispensable, Newen Plays Fela (2017), où l'on peut entendre Seun Kuti au chant et Cheick Tidiane Seck au clavier.
(2) Je pense à celle-ci (fait chaud)... ou celle-ci (fait chaud !). Mais il y en a plein d'autres.
(3) D'après ce que j'entends mais je peux me tromper.

lundi 24 juin 2019

Flook

Flook : Ancora
(2019 - Flatfish Records)
Après une bien longue absence, (1) le groupe irlandais nous revient dans une forme éblouissante, n'ayant rien perdu de sa vitalité ni de sa virtuosité époustouflante. Les morceaux alternent les traditionnels arrangés et les compositions du groupe qui se distingue notamment par sa rapidité d'exécution.
Bon sang, qu'est-ce qu'ils vont vite !
Le nombre important d'invités (2) permet à l'ensemble une musique métissée de diverses origines aux accents résolument modernes. Très riche et complexe, le disque ne quittera pas la platine de sitôt.
Et puis, j'avais le rêve d'un titre qui me ferait bouger autant que « The Empty Pod » et Flook l'a réalisé (« Ocean Child »). (3) Ils sont forts.
Un chef-d'œuvre de plus, ça valait le coup d'attendre.

Quelques extraits sur le site du groupe, suffisamment pour convaincre n'importe qui... (4)

Musiciens et invités :
- Brian Finnegan : flûtes, tin whistles
- Sarah Allen : flûtes, accordéon
Ed Boyd : guitares, bouzouki, piano
- John Joe Kelly : bodhrán
Simon Chrisman : dulcimer
Phil Cunningham : accordéon
Amadou Diagne : percussions
Philip Henry : lap steel
Trevor Hutchinson : contrebasse
Melvin Ifill : steel drums
Matthias Loibner : vièle à roue
Conor McCreanor : contrebasse
Niall Murphy : fiddle 
Patsy Reid : violoncelle, viole, violon
Eva Tejador : pandereta asturiana (5)
Mark Tucker : thérémine

(1) Quatorze années séparent cet album de son précédent, Haven (2005), les deux premiers datant de 1999 (Flatfish) et 2002 (Rubai).
(2) Ils sont douze.
(3) Si c'est pas du teaser, ça...
(4) Cliquez sur les albums.
(5) Je ne sais pas ce que c'est...

samedi 15 juin 2019

Topette!!

Topette!! : Rhododendron
(2019 - Autoproduction)
C'est avec ce second album (1) que les cinq musiciens de ce groupe franco-anglais reviennent, leur talent, leur engagement dans leur musique et leur bonne humeur intactes.
D'emblée issues des traditions européennes (on pense immédiatement à l'Irlande, l'Écosse, l'Angleterre ou la France), la musique de Topette!! est également parfois composée plus récemment et pioche dans (voire mêle) d'autres sources traditionnelles, le trait commun étant la danse.
Si l'aura d'Andy Cutting est incontournable, elle ne masque pas pour autant la dextérité des autres membres du groupe, l'alchimie du quintet étant évidente, tout comme sa richesse et son sens des mélodies.
La basse, très en avant, donne une couleur unique au groupe, le rendant immédiatement identifiable au bout de quelques mesures.
Un grand groupe !

L'album : Rhododendron

Musiciens :
- Tania Buisse : bodhrán
- Julien Cartonnet : cornemuses, banjo
- Andy Cutting : accordéons
- James Delarre : violon
- Barnaby Stradling : guitare basse acoustique

(1) Techniquement, Rhododendron étant leur troisième disque puisqu'un premier EP de sept titres (Chez Michel, 2015) et un premier album, donc (C'est le pompon, 2017), tous absolument formidables.

dimanche 26 mai 2019

Marta Ren & The Groovelvets

Marta Ren & The Groovelvets : Stop, Look, Listen
(2016 - Record Kicks)
Faisant preuve d'un talent immédiatement identifiable, ce groupe portugais offre un écrin somptueux à sa chanteuse, Marta Campos, la laissant exprimer le sien en revisitant la funk des années 60.
Ici, tout est explosif : les compositions, le talent de tous les musiciens, la voix de la chanteuse (1) et la joie que procurent ces onze titres. Comment ne pas être hilare dès les premières notes ?
Plus qu'un hommage réussi : un exercice de style brillant, qui renvoie tout auditeur (déjà convaincu ou non) au meilleur du genre il y a 60 ans comme s'il y était de nouveau et ne propose que des titres fraîchement composés. (2)
Un festin auquel il est bien difficile de mettre fin.

L'album : Stop, Look, Listen

Musiciens :
- Marta Campos : voix
- Sérgio Marques : basse
- Hugo Danin : batterie
- Bruno Macedo : guitare
- Sérgio Alves : claviers
- Manu Idhra : percussion
- Paulo Gravato : baritone
- João Martins : saxophones
- Rui Pedro Silva : trompette
- José Silva : trompette
João Sêco : trombone

(1) Voix dont elle use au sein d'un autre groupe, Sloppy Joe, avec non moins de talent mais dans un tout autre registre puisqu'il s'agit de ska, de dub et de reggae... (Quelques exemples.)
(2)  À l'exception d'un seul, « I'm Not Your Regular Woman », qui est de Ted Jarret.

mercredi 3 avril 2019

Barbara Dane

Barbara Dane : Barbara Dane and The Chambers Brothers
(1966 - Folkways Records)
Avec cette seconde réédition chez Smithsonian Folkways RecordingsBarbara Dane confirme sont talent et s'entoure de quatre autres voix pour nous offrir des titres se partageant entre le folk et le gospel et assénés comme autant d'hymnes envoûtants.
La voix de la chanteuse américaine est à l'image de celle que présente la pochette du disque : elle s'impose.
Ce qui est un peu la marque de fabrique de Barbara Dane, sa voix étant en effet un outil puissant et vibrant, dont elle use avec passion, ne sachant (ou ne voulant) pas apprendre... à la fermer. (1) 
Les forces de la nature de cette trempe sont fort rares, il faut les écouter et les faire écouter davantage.
(2)

L'album : Barbara Dane and The Chambers Brothers

Musiciens :
- Barbara Dane : voix
- George, Joseph, Lester et Willie Chambers : voix, guitare

(1) Ce qui est également à l'image de celle présentée par la pochette, qui lui fait dire beaucoup plus tard : « C'était les années 60... Il y avait des disques avec des hommes blancs et noirs, mais une femme blanche et un homme noir, c'était la combinaison empoisonnée ! ».
Avant d'aller plus loin, je vous recommande la lecture de cet excellent article de novembre 2013 et de Sophian Fanen, sur le site de Fip. C'est assez « long » (en termes actuels) mais ça vaut plus que le détour et il serait fort dommage de n'en louper ne serait-ce qu'une ligne ! (Merci Pablitta, again.)
(2) Oui, c'est tout, si vous avez suivi les liens, vous en savez autant que moi sur la dame. De mon côté, je vais continuer de creuser pour en apprendre davantage sur cette gonzesse ébouriffante. Pardon madame. Et merci.

vendredi 29 mars 2019

Du côté des petites filles

Elena Gianini Belotti : Du côté des petites filles
(L'influence des conditionnements sociaux
sur la formation du rôle féminin dans la petite enfance)
Dalla Parte delle Bambine (1973)
éd. Des femmes, 2009
trad. collectif de traduction des éditions Des femmes, couv. non créditée

(La quatrième de couverture ne donnant à lire que des extraits de critiques enthousiastes, voici la présentation de l'autrice.)
Elena Gianini Belotti est née à Rome où elle réside encore actuellement. Depuis 1960, c'est-à-dire depuis sa création, elle dirige le « Centro Nascita Montessori » de Rome, unique en son genre en Italie, où se fait la préparation pratique et psychologique des femmes enceintes : préparation au devoir de mères respectueuses de l'individualité de l'enfant. Depuis plusieurs années, elle donne un enseignement aux élèves de la même « Scuola Assistenzi Infezia Montessori », qui s'est transformée en Institut professionnel d'État en 1960. Elle est collaboratrice de différentes revues spécialisées.
Que cet admirable essai ne fasse pas plus de bruit alors que le massacre de masse auquel il est consacré se passe sous les yeux de tous, en permanence, m'est absolument incompréhensible. (1)
Présentant une étude très poussée et détaillée, cet ouvrage se penche sur les raisons qui font de l'identification sexuelle celle que l'on connaît depuis trop longtemps. Il démontre avec de fort nombreux exemples (2) que les adultes sont les uniques responsables des différences entre les sexes telles qu'elles sont massivement admises et entretenues.
S'il est évident que les filles sont les premières victimes de ce formatage à marche forcée (3), l'autrice, observatrice de compétition dotée d'une lucidité et d'un humour sans faille, n'oublie pas de dire que les garçons aussi. Certainement pas la majorité puisque, d'un côté comme de l'autre, on s'échine à perpétuer le massacre, persuadé que c'est la bonne chose à faire. (4) Mais, de manière certaine, il s'en trouve qui ne supportent pas plus la condition qu'on leur impose que leurs congénères. Il s'en trouve qui n'ont jamais compris l'éducation qu'ils recevaient et qu'un tel livre aurait pu grandement aider à retrouver un peu d'assurance. En effet, apprendre que l'on n'est pas si idiot de penser qu'on avance dans le bon sens tout en constatant que l'on nage à contre-courant de tous, c'est ce que j'appelle une bouée de sauvetage.
Tous les humains sans la moindre exception devraient lire ce livre. Aussi jeune que possible. Le boulot des parents, avant l'âge venu, serait de les préparer doucement à cette lecture. S'ils aiment vraiment leurs gosses, c'est l'unique chose à faire. Mais ils manqueraient cruellement du soutient de l'École et des institutions qui semblent loin d'être prêtes à changer le mode de fabrication des filles et des garçons.
Cet essai est une mine d'informations et, à mon sens, un outil des plus indispensables.

(1) Peut-être parce que je suis un garçon, cela dit ? Parce que les filles (de plus de quarante ans, ai-je cru constater mais je n'en suis qu'au début de cette enquête dangereuse) semblent bien connaître (au point de dire « c'est rigolo, ils ont conservé la même couverture depuis le début »). Les filles, c'est pas cool de planquer une telle merveille aux garçons. Un éternel merci à Pablitta (une fille !) qui, lors d'une discussion à bâtons rompus sur un certain forum de rock, l'a porté (deux fois) à ma connaissance.
(2) Impossible de ne pas reconnaître, dans ces exemples, au moins une situation que l'on a vécu enfant, d'autres dont nous avons été les témoins.
(3) L'essai est sans appel : « À cinq ans, tout est donc joué, l'adéquation aux stéréotypes masculins et féminins est déjà réalisée. »
(4) Puisque tout le monde le fait... Hum.